Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

N’Ayez Pas Peur De L’Amour…



N’Ayez Pas Peur De L’amour, Amie De Mon Cœur 

Une Lettre de Khalil Gibran à May Ziadah 

Khalil Gibran élut pour compagne amoureuse une femme d’exception : May Ziadah, Libanaise établie en Égypte, écrivaine, poétesse et pionnière du féminisme oriental. Leur amour dura 19 ans, jusqu’à la mort de Gibran, mais ils ne se rencontrèrent jamais : il fut exclusivement épistolaire. 
Voici une des lettres de cette union sacrée.  

26 Février 1924

Vous me dites que vous avez peur de l'amour ; pourquoi cela, ma tendre amie

Avez-vous peur de la lumière du soleil? Avez-vous peur du flux et du reflux de la mer? Avez-vous peur du jour naissant? Avez-vous peur du retour du printemps

Je me demande pourquoi vous avez peur de l'amour. 

Je sais que l'amour d'une âme basse ne peut vous satisfaire, tout comme je sais qu'il ne peut pas me plaire. Vous et moi ne saurons jamais satisfaire de ce qu'il y a de mesquin dans l'esprit. 

Nous voulons tout en quantité. Nous voulons tout avoir. Nous voulons la perfection.

Je dis, Mary, que dans cette aspiration qui est la nôtre se trouve notre accomplissement, car si notre volonté n'était qu'une ombre parmi les innombrables ombres de Dieu, nul doute que nous atteindrions l'un des nombreux rayons de Sa lumière.

Oh! Mary, n'ayez pas peur de l'amour! N'ayez pas peur de l'amour, amie de mon cœur. 

Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu'il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. Écoutez, Mary : Aujourd'hui, je suis dans une prison de désir, qui sont nés lorsque moi-même je suis venu au monde. Et aujourd'hui, je me trouve entravé par les chaînes d'une idée aussi vieille que les saisons de l'année. 

Pouvez-vous faire montre de mansuétude à mon égard, dans ma prison, afin que nous puissions émerger enfin à la lumière du soleil? Resterez-vous près de moi jusqu'à ce que ces chaînes soient détruites et que nous puissions marcher librement et sans entrave jusqu'au sommet de la montagne

Et maintenant, venez plus près, rapprochez votre front de moi — comme ceci, comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon cœur.



Aron O’Raney