Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Alexandra David-Neel , Le Wesak 1969



Chaque année, le 26 avril, les bouddhistes commémorent Wesak, anniversaire de naissance du Bouddha. Durant ses voyages, comme de retour en France, Alexandra David-Neel ne manquait pas de célébrer d’une manière ou d’une autre cette fête solaire. Et, à la fin de sa vie, elle envoya, quand elle ne put se rendre à leur assemblée, un message aux Amis du Bouddhisme, réunis pour cette occasion. Nous avons retrouvé quelques-uns de ces textes qui forment la meilleure initiation qui soit au message de ce sage exemplaire : le Bouddha.

Wesak 1969

À Mon Grand Regret, Il M’est Encore Une Fois Impossible, Cette Année D’être Parmi Vous, En Ce Jour Choisi Pour Commémorer La Naissance Du Sage Indien Universellement Connu Sous Le Titre De « Bouddha » : C’est-À-Dire, Celui Qui Possède La « Bodhi », La Connaissance.

De ce terme « Bouddha » la majorité de ceux qui l’emploient en ont fait un nom propre, en arrivant à dire : Bouddha a dit! Bouddha a fait! etc., etc. Tandis que, véritablement, le terme Bouddha a un sens qualificatif représentant l’état de celui au nom duquel il est joint. 

De même que l’on dit, le Président X, il faut dire, le Bouddha Siddharta, désignant ainsi un Penseur indien que nous tenons pour avoir atteint un état supérieur de Connaissances philosophiques et spirituelles.

Vous noterez donc, comme je vous l’ai déjà dit, plusieurs fois, lors des années précédentes, qu’il s’agit, pour nous, d’une « commémoration » et non d’une « célébration » qui consiste à rappeler un fait historique à notre mémoire. 

Or, la naissance de Celui qui est universellement connu sous le nom de Bouddha, est bien un fait historique, et bien que son antiquité ne nous permette pas d’en fixer la date exacte, nous pouvons, sans crainte de trop grande erreur, la considérer comme ayant eu lieu il y a 2 500 ans.

C’est en effet, vers cette époque, que sont descendues vers le Sud de l’Inde, des tribus d’origine nordique ou mélangées à celles-ci, qui s’intitulaient les « Aryas », c’est-à-dire les nobles, un peu à la façon dont Hitler dénommait les Allemands « la race des Seigneurs » ou comme les Indiens avant l’Indépendance appelaient les Anglais « Shaib », seigneur. 

Une de ces tribus, les Sakkas, s’était établie dans une région qui fait aujourd’hui partie du Sud du Népal.

À l’époque où je séjournais dans cette région, l’on y continuait encore des fouilles concernant les vestiges de Kapilavastu qui était leur capitale, et l’emplacement du jardin de Lunbini où le Bouddha est dit être né semble encore être bien connu. 

L’empereur indien Açoka y avait fait ériger une stèle commémorative qui subsistait encore.

Certains érudits attribuent à cette origine extra-indienne du Bouddha Siddharta certaines des doctrines qu’Il a énoncées. Entre autres sa doctrine essentielle concernant l’absence d’Ego dans la personne, doctrine qui tranche si fortement avec les conceptions habituelles des philosophies indiennes.

Réunis en des assemblées ou en particulier, des milliers d’individus répéteront la formule : Buddam Saranam Gachami

Il ne serait peut-être pas inopportun de donner notre attention à l’origine de cette formule par laquelle ceux qui la prononcent croient témoigner qu’ils sont les disciples du Bouddha Siddharta, alors, qu’en fait, en la prononçant ils enfreignent un des commandements les plus importants de ce Maître.

« Soyez votre propre flambeau. Soyez votre propre refuge. Ne vous confiez à aucun refuge en dehors de vous. Attachez-vous fortement à la vérité, qu’elle soit votre flambeau. Attachez-vous fortement à la vérité, qu’elle soit votre refuge… 

Ceux-là, ô Ananda, qui dès ce jour, ou après ma mort, seront à eux-mêmes leur flambeau et leur refuge, qui ne se confieront à aucun refuge extérieur, qui, attachés à la vérité, la tiendront pour leur flambeau et leur refuge, ceux-là, seront les premiers parmi mes disciples : ils atteindront le but suprême. » Mahâparinibbâna Sutta

Ce n’est point à des Bouddhistes qu’il conviendrait de dépeindre leur Maître par l’image d’un berger portant une brebis sur ses épaules. 

Nous venons de l’entendre, le Bouddha ne porte personne, et quand il est fait mention dans les Écritures d’une « Autre Rive » sur laquelle nous devons aborder pour atteindre la Connaissance, il n’est pas question non plus que le Bouddha nous fasse traverser cette rivière symbolisant l’erreur. 

C’est À Nous Qu’il Appartient De La Traverser : 

« Les Bouddhas Ne Peuvent Que Prêcher, C’est À Vous De Faire L’effort », l’effort pour nous délivrer de toutes les erreurs, de nous en délivrer par l’attention continuelle, par l’observation attentive, par la recherche des causes qui nous font mouvoir matériellement et mentalement.

En Fait, La Doctrine Prêchée Par Siddharta Le Bouddha, Nous Montre Une Voie : 

Celle qu’il a suivie, celle qu’il nous convient de suivre pour nous délivrer de l’ignorance cause de la souffrance. 

C’est une doctrine, aujourd’hui comme hier, efficace : perpétuellement d’actualité…

J’aimerais Pouvoir, Encore Une Fois, Vous Dire, Comme Les Années Précédentes : Au Revoir, À L’année Prochaine ! Mais Il Y A Déjà Sept Mois Que J’ai Atteint L’âge De Cent Ans… Et Vous Comprenez, N’est-Ce Pas…


Extrait de « Voyages Et Aventures De L’esprit »
De Alexandra David Neel

Alexandra David-Neel



Billet Proposé Par Aron O’Raney