Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Trois Lettres De Nelson Mandela À Winnie Mandela


Nelson Mandela 18 juillet 1918 – 5 décembre 2013

« Le Nouveau Monde Ne Sera Pas Construit Par Ceux Qui Restent À L’écart Les Bras Croisés, Mais Par Ceux Qui Sont Dans L’arène. »

Le 12 juin 1963, Nelson Mandela, jeune avocat de formation, est condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité pour haute trahison, sanctionnant son combat pour les Noirs sud-africains et la fin de l’apartheid.

Nelson Mandela, symbole mondial de la lutte contre l’apartheid et le racisme, est devenu une figure consacrée de notre époque lors de ses 27 années d’emprisonnement. 

Dans l’isolement le plus absolu, victime d’un traitement forcené et injuste de la part des autorités pénitentiaires, opposant politique capital aux Afrikaners, il trouve et puise dans la prison une force insoupçonnable qui l’amènera à devenir « Madiba », le père de l’Afrique du Sud.

« Je Garde Espoir. »

Avec la mort de Nelson Mandela, à l’âge de 95 ans, le monde perd l’une des figures les plus inspirantes du XXe siècle. Véritable modèle de sagesse, de détermination et de conciliation politique et humaine, symbole de la lutte contre l’apartheid, premier président noir de l’Afrique du Sud.

« N’oublie Pas Qu’un Saint Est Un Pécheur Qui Cherche À S’améliorer. »

Nelson Mandela, dirigeant historique de la lutte contre l’apartheid et président de la République d’Afrique du Sud de 1994 à 1999, fut un exemple de sagesse et de grandeur d’âme.


Première Lettre De Nelson Mandela À Winnie Mandela


23 juin 1969


Ceux qui n'ont pas d'âme, pas le sens de l'orgueil national et aucun idéal au nom duquel ils pourraient se battre, ceux-là ne peuvent supporter ni l'humiliation ni la défaite ; ils ne s'appuient pas sur une culture nationale, n'ont pas de mission sacrée, ils ne peuvent devenir ni des martyrs, ni des héros. 

Le Nouveau Monde ne sera pas construit par ceux qui restent à l'écart les bras croisés, mais par ceux qui sont dans l'arène, les vêtements réduits en haillons par la tempête et le corps mutilé par les événements. 

L'honneur appartient à ceux qui jamais ne s'éloignent de la vérité, même dans l'obscurité et la difficulté, ceux qui essayent toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l'humiliation ou même la défaite. 

Depuis l'aube de l'histoire, l'humanité a honoré et respecté les individus braves et honnêtes, les hommes et les femmes comme toi, mon amour - une fille toute simple qui vient d'un village reculé qu'on voit à peine sur les cartes, un kraal des plus humbles, même selon les critères des paysans.


Nelson Mandela.


Deuxième Lettre de Nelson Mandela à Winnie Mandela


1er août 1970


Les moissons de misère que nous avons récoltées lors de ces quinze derniers mois d'épreuves ne sont pas prêtes de s'effacer de mon esprit. J'ai l'impression que toutes les parties de mon corps, chair, sang, os et âme ne sont plus que de la bile, tant mon impuissance absolue à te venir en aide dans les moments terribles que tu traverses me rend amer.

Quelle différence ce serait pour ta santé et ton moral, ma chérie, pour ma propre anxiété et pour la tension dont je n'arrive à me défaire, si seulement nous pouvions nous voir! Si je pouvais être à tes côtés et t'étreindre, ou si je pouvais ne fut-ce qu'apercevoir ta silhouette à travers les barbelés qui nous sépareraient inévitablement?

La souffrance physique n'est rien comparée à la façon dont on a piétiné les tendres liens d'affection qui fondent notre mariage et tenté de briser notre relation de mari et femme. Quel épouvantable moment nous vivons

Nos convictions les plus chères s'en trouvent mises à l'épreuve, comme nos résolutions. Mais tant que j'aurai le privilège de pouvoir communiquer avec toi, même si c'est pour la forme, et jusqu'à ce qu'on me retire expressément ce droit, nos dossiers témoigneront que j'ai essayé avec acharnement de t'écrire tous les mois. Je te le dois, et rien ne m'en distraira. Peut-être ma persévérance sera-t-elle un jour récompensée.

Il y aura toujours des hommes de bonne volonté sur terre, dans tous les pays, et même dans le nôtre. Un jour, nous aurons pour nous le soutien sincère et indéfectible d'un homme honnête, placé au sommet de l'État, qui jugera incorrect de ne pas honorer son devoir consistant à protéger les droits et les prérogatives de ses ennemis les plus résolus, dans la bataille d'idées qui se joue ici ; un homme qui se fera de la justice et de l'équité une idée suffisamment haute pour nous garantir non seulement les droits et prérogatives que la loi nous accorde déjà, mais qui nous dédommagera pour ceux dont nous avons été privés.

En dépit de tout ce qui est arrivé, des vicissitudes et des revers de fortune des quinze derniers mois, je garde espoir. Il m'arrive même de croire que ce sentiment fait partie de moi. Je sens mon cœur pomper l'espoir et le diffuser dans toutes les parties de mon corps, où il me réchauffe le sang et me remonte le moral. 

Je suis convaincu qu'une avalanche de calamités personnelles ne peut pas écraser un révolutionnaire déterminé, pas plus que le brouillard obscur qui accompagne de telles tragédies ne peut le faire suffoquer. 

JeL'espoir est au combattant de la liberté ce que la bouée de sauvetage est au nageur : la garantie qu'il ne se noiera pas, qu'il restera à l'abri du danger. Ma chérie, je sais que si la richesse se mesurait en pesant l'espoir et le courage, avec ce que tu recèles en ton sein (cette idée, je la tiens de toi), tu serais certainement millionnaire. Souviens-t'en toujours.


Nelson Mandela.


Troisième Lettre de Nelson Mandela à Winnie Mandela


Le 1er février 1975


Tu t'apercevras sans doute que la cellule est un lieu parfait pour apprendre à se connaître et pour étudier en permanence et dans le détail le fonctionnement de son esprit et de ses émotions. 

Les individus que nous sommes ont tendance à juger leur réussite à l'aune de critères extérieurs, tels que la position sociale, l'influence, la popularité, la richesse ou le niveau d'éducation. 

Ce sont bien sûr des notions importantes pour mesurer sa réussite — et on comprend que beaucoup tentent d'obtenir le meilleur d'eux-mêmes sur ces points. 

Mais d'autres critères intérieurs sont peut-être plus importants pour juger de l'accomplissement d'un homme ou d'une femme. L'honnêteté, la sincérité, la simplicité, l'humilité, la générosité, l'absence de vanité, la capacité à servir les autres — qualités à la portée de toutes les âmes — sont les véritables fondations de notre vie spirituelle. 

Mais cette réussite-là n'est pas accessible sans un travail d'introspection véritable et une connaissance de ses forces et de ses faiblesses.
La détention a au moins le mérite d'offrir une bonne occasion pour travailler sur sa propre conduite, corriger le mauvais et développer le bon que l'on porte tous en soi. 

La pratique régulière de la méditation, disons un quart d'heure chaque jour avant de se coucher, peut y être très utile. 

Il est possible que dans un premier temps tu aies du mal à identifier les éléments négatifs de ta vie, mais tu en seras récompensée si tu en fais l'effort régulier. N'oublie pas qu'un saint est un pécheur qui cherche à s'améliorer.



Nelson Mandela.



Billet Proposé Par Aron O’Raney