Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Deux Cités


@ Les Cits Obscures — Urbicande.Be

La Vie M’enleva Sur Ses Ailes Et Me Transporta Au Sommet Du Mont Jeunesse. Puis Elle Me Fit Signe De Regarder Derrière Moi. 

Je me retournai et je vis une cité étrange, d'où s'élevait une fumée sombre aux multiples couleurs qui se mouvaient lentement tels des fantômes. Un mince nuage dissimulait presque entièrement la cité à mon regard.

Après un instant de silence, je m'exclamai : « Vie, Qu’est-Ce Là Ce Que Je Vois? »

Et la Vie répondit : « C’est La Cité Du Passé. Contemple-La Et Médite. »

J’observai Ce Spectacle Merveilleux, Et J’aperçus Maints Objets Et Monuments : 

— Les salles construites pour l'action, dressées tels des géants sous les ailes du Sommeil;

— les temples de la parole autour desquels planaient des esprits qui hurlaient de désespoir et chantaient des chants d'espoir. 

— Je vis les églises bâties par la Foi et détruites par le Doute. 

— Je distinguai les minarets de la Pensée, leurs flèches dressées telles les mains tendues des mendiants

— je vis les avenues du Désir s'étirer comme des rivières dans les vallées; les entrepôts de secrets gardés par les sentinelles de la Dissimulation et pillés par les voleurs de la Révélation;

— les tours de la Puissance érigées par le Courage et démolies par la Peur

— les temples des Rêves, embellis par le Sommeil et anéantis par la Vigilance

— les petites cahutes habitées par la Fragilité

— les mosquées de la Solitude et de l'Abnégation

— les instituts d'enseignement illuminés par l'Intelligence et enténébrés par l'Ignorance

— les tavernes de l'Amour, où les amants s'enivraient et où le Néant se moquait d'eux

— les théâtres sur la scène desquels la Vie jouait son rôle, et où la Mon parachevait les tragédies de la Vie.

Telle Est La Cité Du Passé — En Apparence Lointaine, Mais En Réalité Proche —, Visible, Bien Qu’À Peine, Entre Les Nuages Sombres.

Puis la Vie me fit signe et dit : « Suis-moi. Nous Nous Sommes Trop Longtemps Attards. » 

Je demandai : « Vie, O Allons-nous? »

Et la Vie répondit : « Dans La Cit Du Futur. »

Alors je dis : « Vie, Aie Piti De Moi. Je Suis Las, Mes Pieds Sont Meurtris Et Mes Forces M'ont Quitt. »

Mais la Vie rétorqua : 

« Continue D'avancer, Mon Ami. S'attarder N'est Que Lchet. Rester Tout Jamais Contempler La Cit Du Pass N'est Que Draison. Vois, La Cit Du Futur Te Fait Signe... »


Extrait de « La voie de l’éternelle sagesse »



Khalil Gibran (1883-1931)



Billet Proposé Par Aron O’Raney