Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Frères N’ayons Pas Peur !



Henri Grouès (5 août 1912 – 22 janvier 2007), dit l’abbé Pierre, mena une existence riche, exaltante et consacra sa vie aux plus démunis. Fondateur du Mouvement Emmaüs et de la Fondation qui porte son nom, il compte parmi les grands hommes que l’Église ait comptés. 

Généreux, mais aussi visionnaire, l’abbé Pierre livra, avant de s’éteindre, une dernière bataille en faveur du mariage des prêtres, pour lui source de renouvellement d’un corps religieux en perte constante.

Lettre ouverte de l'Abbé Pierre sur le mariage des prêtres : 

« Frères n'ayons pas peur! ouvrons la porte de nos églises! ouvrons la porte du sacerdoce à ces milliers d'hommes, de foi fervente, prêts à entrer dans cette vocation. »


Le 1er Novembre 2005


Henri Grouès dit Abbé Pierre Fondateur du mouvement Emmaüs, Fondateur du Haut Comité pour le Logement des plus défavorisés, Grand-Croix de la Légion d'honneur.

À Sa Sainteté le Pape Benoît XVI Souverain Pontife Évêque de Rome A tous les Évêques de France


Mes frères.


Une nuit j'ai rêvé. Le long des routes, de villes en villages, je voyais se rallumer merveilleusement les innombrables lampes des tabernacles. Une voix disait : 
« A nouveau Jésus, livré à vous de tout son Corps, est là. »

Le réveil d'un tel rêve fait mal. Qui ferait le compte des lampes éteintes?

Alors j'ai décidé de questionner tous ceux qui, depuis quelques dizaines d'années, ne comprennent plus.

Je leur demandais que faire ?

Des groupes de fidèles, des prêtres, des évêques, deux cardinaux à Rome, tous ont dit la même pensée. Ordonner prêtres des hommes mariés, fervents et capables. Également ceux qui ne sont pas dans l'Église, mais qui lui veulent du bien, me répètent : 

« Quelle association de cette importance agirait à ce point sans raison, ou n'agirait pas, alors qu'elle dispose d'une réserve humaine d'un tel nombre et d'une telle foi? Pensons à la multitude chaque jour renouvelée des Retraités.

Tout au long de mon questionnement, tous concluaient, non pas « Que faire? mais, Quand le fera-t-on? »

Frères Évêques, réunis récemment en Synode à Rome, vous n'avez pas encore voulu ouvrir cette porte et présenter aux fidèles impatients la réponse que la plupart savent être là. Pourquoi attendre encore, quand les besoins sont aussi grands. Aucun de vous n'a à attendre puisque vous êtes, vous aussi, les dépositaires de cette parole : « Paix mes agneaux Paix mes brebis »

Je sais, bien sûr, qu'apparaîtront des problèmes, je pense à trois, aucun n'est insoluble.

1. Assurer à ce flot d'arrivants la science de la foi, et l'initiation par quelques aînés. (ne faudra-t-il pas nommer ainsi, ceux qui ont précédé?) quel aîné s'y déroberait?

2. Être certain d'assurer aux familles des prêtres, le nécessaire pour vivre. Douterions-nous que les groupes de fidèles n'y veilleraient pas?

3. Pour ôter la tentation du cambriolage des tabernacles, qui illumineront chaque église, et devant lesquels, de jour comme de nuit, chacun pourra venir prier, ne serait-il pas évangélique de déposer le pain consacré dans quelques simples étoffes, les vases d'or pouvant être remisés dans les sacristies, fermées à clef?

Frères n'ayons pas peur! ouvrons la porte de nos églises! ouvrons la porte du sacerdoce à ces milliers d'hommes, de foi fervente, prêts à entrer dans cette vocation.

Je sais que la vocation du célibat, que j'ai vécue 75 ans, est difficile, mais je sais que vécue avec ferveur elle est un Don de Dieu, et tout le monde sait que la vocation d'époux ne peut bien se vivre, elle aussi, que dans la même ferveur et reçoit des Dons similaires, ceci d'autant plus, si elle recouvre la charge sacerdotale. 

Je suis aussi convaincu que l'ordination d'hommes mariés ne taira en rien les vocations au célibat consacré.

Frères, que vous dire de plus

Notre monde, plus que jamais, n'a-t-il pas soif de Jésus et du don de Sa présence dans l'Eucharistie? Je n'ai plus l'âge, mais je garde l'enthousiasme d'être votre frère et un ami de Jésus.

En grande affection.



Abbé Pierre



Billet Proposé Par Aron O’Raney