Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Alexandra David-Neel , Le Wesak 1965



Chaque année, le 26 avril, les bouddhistes commémorent Wesak, anniversaire de naissance du Bouddha. Durant ses voyages, comme de retour en France, Alexandra David-Neel ne manquait pas de célébrer d’une manière ou d’une autre cette fête solaire. Et, à la fin de sa vie, elle envoya, quand elle ne put se rendre à leur assemblée, un message aux Amis du Bouddhisme, réunis pour cette occasion. Nous avons retrouvé quelques-uns de ces textes qui forment la meilleure initiation qui soit au message de ce sage exemplaire : le Bouddha.

Wesak 1965

Alors que nous voyons les anciennes Religions occidentales multiplier les efforts pour se moderniser, certains se sont demandé quelle pourrait être l’attitude des Bouddhistes dans les circonstances actuelles.

Ces circonstances sont, pour ces Religions, leur rencontre avec les découvertes de la science et les réflexions que celles-ci peuvent engendrer dans les esprits de leurs fidèles. Des préoccupations de ce genre ne peuvent atteindre des Bouddhistes.

Mais d’abord, le Bouddhisme est-il une Religion? À cette question nous pouvons sans hésitation, répondre : Non.

Qu’est-Ce Qu’Une Religion?

D’après la définition des dictionnaires, c’est un corps de doctrines, comprenant des dogmes que les adeptes de cette religion doivent accepter et auxquels ils doivent croire aveuglément, sans se permettre aucun doute au sujet des faits qu’ils rapportent.

Comparez cette injonction avec le conseil que, d’après les textes bouddhiques, le Bouddha donna à ses disciples.

« Ne Croyez Pas Sur La Foi Des Traditions Alors Même Qu’elles Sont En Honneur Depuis De Longues Générations Et En Beaucoup D’endroits. Ne Croyez Pas Une Chose Parce Que Beaucoup En Parlent. Ne Croyez Pas Sur La Foi Des Sages Des Temps Passés. Ne Croyez Pas Ce Que Vous Vous Êtes Imaginé, Pensant Qu’un Dieu Vous L’a Inspiré. Ne Croyez Rien Sur La Seule Autorité De Vos Maîtres Ou Des Prêtres. Après Examen, Croyez Ce Que Vous Aurez Expérimenté Vous-Mêmes Et Reconnu Raisonnable, Ce Qui Est Conforme À Votre Bien Et À Celui Des Autres. » (Kâlâma Sutta).

Ailleurs, nous voyons qu’après s’être entretenu, avec ses disciples au sujet de la loi de causalité, le Bouddha interroge ceux-ci :

Si, maintenant, vous connaissez ainsi et voyez ainsi, irez-vous dire : « Nous vénérons le Maître et, par respect pour lui, nous parlons ainsi? – Nous ne le ferons pas, Seigneur ». – « Ce que vous dites, ô disciples, n’est-ce pas seulement ce que vous avez vous-mêmes vu, vous-mêmes reconnu, vous-mêmes saisi? » – « C’est cela même, Seigneur. » (Majjhima Nikâya).

Au cours de nos études, il nous est certainement permis d’étudier diverses doctrines. Cette étude est considérée comme utile. Certains Bouddhistes appartenant à des sectes « mahayanistes » la déclarent même indispensable, mais, finalement, la lumière capable d’éclairer notre route doit jaillir de nous-mêmes.

« Brille pour toi-même comme ta propre lumière lisons-nous dans le Dhammapada. »

Et dans un autre texte :

« Soyez Votre Propre Flambeau. Soyez Votre Propre Refuge. Ne Vous Confiez À Aucun Refuge En Dehors De Vous. Attachez-Vous Fortement À La Vérité, Qu’elle Soit Votre Flambeau! Attachez-Vous Fortement À La Vérité Qu’elle Soit Votre Refuge! Ne Cherchez La Sécurité En Nul Autre Qu’en Vous-Mêmes… Ceux-Là, Ô Ananda, Qui Dès Ce Jour Ou Après Ma Mort, Seront À Eux-Mêmes Leur Flambeau Et Leur Refuge, Qui Ne Se Confieront À Aucun Refuge Extérieur, Qui, Attachés À La Vérité, La Tiendront Pour Leur Flambeau Et Leur Refuge, Ceux-Là, Seront Les Premiers Parmi Mes Disciples; Ils Atteindront Le But Suprême. » (Mahâparinibbâna Sutta)

D’après Le Mahâparinibbâna Sutta, Ces Paroles Font Partie Des Exhortations Que Le Bouddha Adressa À Ses Disciples Dans Les Derniers Jours De Sa Vie.

Souvent aussi les Écritures canoniques nous montrent le Bouddha comme un ennemi des théories métaphysiques. « Les recherches de l’homme, pense-t-il, doivent s’exercer dans le domaine que ses perceptions peuvent atteindre; vouloir dépasser ce terrain solide est tombé dans les divagations néfastes. À tout le moins, c’est perdre un temps qui pourrait être employé à acquérir des connaissances propres à être utilisées pour combattre et détruire la souffrance. »

N’ayez pas, ô disciples, des pensées de ce genre : le monde est éternel. Le monde n’est pas éternel. Le monde est infini. Que le monde soit ou non éternel, qu’il soit limité ou infini, ce qu’il y a de certain c’est que la naissance, la décrépitude, la mort et la souffrance existent. (Samyutta Nikâya Et Majjhima Nikâya)

Inutiles, Aussi, Sont Les Discussions Concernant L’être Et Le Non-Être.

Le monde a coutume de s’en tenir à une dualité : être et non-être. Mais pour celui qui aperçoit, en vérité et en sagesse, comment les choses se produisent et périssent dans le monde, il n’y a ni être ni non-être. (Samyutta Nikâya)

Nous comprendrons, ici, que le monde, l’existence est perpétuel changement, perpétuel mouvement.

Les Écritures bouddhiques des Théravadins donnent au Bouddha l’attitude d’un Maître qui appuie sa doctrine uniquement sur des faits dont la réalité lui est apparue. Il se déclare affranchi de toutes théories. Si l’on demande à l’un de ses disciples :

Le Maître Gautama professe-t-il une opinion quelconque? Il faut lui répondre : Le Maître est affranchi de toutes théories… Il a conquis la délivrance complète par le rejet de toutes les opinions et de toutes les hypothèses… (Majjhima Nikâya)

Le Bouddha Se Défend, Du Reste, De Vouloir Donner À Son Enseignement Le Caractère D’une Révélation. 

Il n’a été qu’un homme qui sait voir et indique à d’autres ce qu’il a aperçu afin qu’ils le voient à leur tour. L’existence d’un Bouddha n’est pas indispensable, elle ne change rien aux faits.

Que des Bouddhas paraissent dans le monde ou qu’il n’en paraisse pas, le fait demeure que toutes choses sont impermanentes, sont sujettes à la souffrance et qu’aucune d’elles (aucun phénomène) ne constitue un « moi ». (Anguttara Nikâya)

Cette déclaration nous conduit au cœur même des « vues justes » selon le Bouddhisme.

Tous les agrégats sont impermanents.
Tous les agrégats sont souffrances.
Tous les éléments constitutifs de l’existence sont dépourvus de « moi ».

Tel Est Le Credo Du Bouddhisme Accepté Par Tous Ses Adhérents. Toutefois, Ce Credo Est Proposé Non Point À Leur Foi, Mais À Leur Examen. Il Leur Appartient D’en Vérifier Par Eux-Mêmes L’exactitude.


Extrait de « Voyages Et Aventures De L’esprit »
De Alexandra David Neel

Alexandra David-Neel



Billet Proposé Par Aron O’Raney