Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Ne Pas En Rajouter


Huizi Demanda Un Jour À Zhuangzi : « Ne M’as-Tu Pas Dit Qu’il Existe Des Hommes Dépourvus De Tout Penchant Personnel? »

— En effet, répondit Zhuangzi.

— Mais comment peut-on encore appeler « homme » un être sans penchant personnel? demanda Huizi.

— Le Tao confère une forme et le Ciel octroie un corps spécifique, répondit Zhuangzi. Aussi convient-il d'appeler ces êtres « hommes ».

— Mais s'ils sont bien des hommes, rétorqua Huizi, ils ne peuvent pas ne pas avoir de penchants personnels. N'en va-t-il pas ainsi pour tout être humain?

— Je ne dois pas entendre « penchants personnels » de la même façon que vous. 

— Incliner selon les points de vue du vrai ou du faux, voilà ce que j'appelle « penchants personnels ». Celui chez qui l'amour et la haine ne déséquilibrent en rien l'intégrité du corps est dit « sans penchant ».

— De tels êtres s'abandonnent entièrement aux rythmes spontanés de la vie et n'en rajoutent jamais.

« Mais comment celui qui n'ajoute rien à la vie est-il en mesure d'assurer l'intégrité de son corps? demanda Huizi. »

— Le Tao confère la forme, le Ciel octroie le corps, amour et haine ne déséquilibrent pas l'intégrité du corps, répliqua Zhuangzi. 

— Mais toi qui t'accordes aux penchants personnels, te voilà devenu étranger à toi-même et tu épuises ainsi en vain la source de ta vitalité. 

— Je te vois rabâcher tes pensées au pied des arbres et ensuite t’assoupir de fatigue. 

— Tu ne déploies ce corps que le Ciel t'a confié qu'à l'occasion de stériles bavardages. »


La Voie Du Tao — 
Les Contes Du Livre Intérieur Nei Pian — (Livre V)



Zhuangzi (Tchouang-Tseu)



■ Billet Proposé Par Aron O’Raney