Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Peut-On Utiliser L’expression « Si Dieu Existe… »


La Question Est Posée À Odon Vallet

Se demander si Dieu existe implique qu'il peut ne pas exister. 

Celui qui croit que Dieu existe est croyant. Celui qui croit qu'il n'existe pas est athée. Mais celui qui se demande si Dieu existe ou non, qui situe le divin dans l'ordre de l'inconnaissable, est dit agnostique. 

Il n'est pas si éloigné du docteur de l'Église, originaire de Cappadoce, Grégoire de Nazianze (vers 330-390) qui s'interroge : « Ô toi, l'au-delà de tout, n'est-ce pas tout ce que l’on peut dire de toi? »

Il s'agit ici moins de scepticisme que de pacifisme, ce fils d'évêque ayant voulu fuir les discussions interminables qui secouaient l'Église du IVe siècle avant de dégénérer en conflits entre chrétiens.

Durant la Révolution française, la constitution du 24 juin 1793 s'ouvre par une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclamée « en présence de l'Être suprême ». 

Dieu avait donc alors valeur constitutionnelle. 

Robespierre pensait que l'athéisme allait de pair avec l'immoralité et qu'il se combattait par la croyance en l'immortalité de l'âme. Il transforma les églises en temples de l'Être suprême, comme en attestent des inscriptions sur les églises de Houdan (78) ou d'Ivry-la-Bataille (27). 

Mais Cet Être Est-Il Dieu? On Ouvre Le Débat Sur L’essence Divine. Qui Est Dieu

Ce mot vient, par le latin deus, de la racine indo-européenne dei désignant tout ce qui brille. Dieu est lumière, comme Zeus, Diane ou Jupiter « Dius pater, père lumineux », diurne comme jeudi jovis dies, « jour de Jupiter » 

— Le préfixe ou la terminaison « di » (dimanche, lundi) désignant le jour par opposition à la nuit. 

La Bible parle des « fils de la lumière » Comme enfants de Dieu, opposés au « Prince des ténèbres », le diable. 

Mais la même racine fournit le sanscrit deva « dieu » et l'iranien daeva « démon ». Ce qui est divin pour les uns est démoniaque pour d'autres, le dieu de l'adversaire étant une force du mal. 

Le shintoïsme japonais, le taoïsme chinois et le bouddhisme Mahâyâna du « Grand Véhicule », ou Vajrayâna du « Véhicule de diamant » expriment le divin au pluriel tandis que, dans le bouddhisme Theravâda la « doctrine des Anciens », la notion de dieu ou d'âme demeure un sujet de débat que le Bouddha n'a jamais tranché. 

Quant au Dieu chrétien, les missionnaires catholiques et protestants ne lui ont pas trouvé d'équivalent en chinois. 

Le judaïsme a donné à Dieu plusieurs noms, Élohim (un pluriel), Yhwh (le tétragramme sacré) et Adonaï. 

Seul Allah ne prête pas à discussion, mais seulement à adhésion ou non.


Source — Le Monde des religions 



Odon Vallet
Historien des religions, spécialiste d'anthropologie religieuse



Billet Proposé Par Aron O’Raney