Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Méditation…


Toute Pratique Spirituelle De Méditation Ou De Yoga A Essentiellement Pour But D’arriver À Décoller L’homme De Lui-Même — Le Décoller De Son Individualité Ordinaire Ainsi Que Du Sentiment Habituel Qu’il A De Lui-Même, 

Cristallisé en lui depuis un temps si reculé et, qu'en raison d'un long conditionnement, il croit être sa seule identité — afin qu'il découvre, à l'intérieur de son être, 

L'autre aspect de sa double nature qui lui demeure habituellement caché parce que son intérêt et son attention sont sans cesse dirigés uniquement vers le monde du dehors.

Derrière l'écran épais de sa forme corporelle, derrière son individualité ordinaire, et derrière son petit monde et tout ce qu'il considère être lui-même, 

Il existe en l'homme un autre Univers d'une extrême finesse et d'une extrême transparence éthérée, un Univers intérieur indicible et lumineux, qui est sa Véritable Nature, sa Nature Divine.

Pour qu'un homme parvienne à se décoller du sentiment habituel qu'il a de lui-même et de son individualité ordinaire, il lui faut fournir un effort gigantesque, car cela implique l'effort d'accepter d'y renoncer

Mais l'habitude est extrêmement forte et tenace en l'homme, et, pour la majorité des chercheurs, arriver à un tel renoncement (même partiel) qui constitue, pour ainsi dire, une mort intérieure volontaire, 

Demande de très longues années de méditation et de luttes tenaces — à condition qu'ils soient assez sérieux et motivés pour ne pas capituler en route. 

Il faut qu'ils arrivent à se décoller d'eux-mêmes suffisamment pour créer au moins un certain degré de vide en leur être — un vide indispensable pour leur permettre de reconnaître un tout autre monde et une tout autre conscience enfouis en eux à l'état latent.

Mais arriver à créer ce vide en soi-même nécessite d'accepter de perdre nom, forme, individualité, désirs, passé, futur, etc. durant tout le temps où l'homme tente de méditer, jusqu'à ce qu'il arrive un jour à être empli d'un étrange et profond silence intérieur

Un silence intérieur qui lui était inconnu jusqu'alors et dans lequel il va commencer à sentir s'éveiller en lui, sous la forme de très subtils frémissements, les premières manifestations de son Être Céleste.

Au fur et à mesure que le chercheur réussira à approfondir et à prolonger la durée de sa méditation, il va commencer à éprouver en lui le début de la libération et de l'expansion de sa conscience. 

Sa conscience va lui sembler croître à l'infini et devenir de plus en plus lumineuse, fine et éthérée. 

En outre, au lieu de la matière dense et pesante de sa forme corporelle qu'il ressent habituellement, il va éprouver la sensation indescriptible d'une très subtile et incroyable transparence d'être éthérée.

Une nostalgie intense et douloureuse va s'élever du fond de lui-même, l'incitant à vouloir se donner pour toujours à cet état d'être inhabituel — qu'il ressentira comme une nouvelle naissance venant de se produire en lui

Mais, en même temps, il réalisera l'impossibilité pour lui d'un tel accomplissement à cette étape de son évolution spirituelle, car il se sentira toujours appesanti et retenu par certains penchants et désirs en son être non encore transmutés. 

Il ne faut surtout pas oublier de prendre en considération le fait qu'il existe différents degrés d'illumination — selon le niveau d'être et de conscience du chercheur — et que, pour la grande majorité des aspirants sur le Sentier, l'illumination (s'ils y parviennent) ne signifiera pas leur libération. 

Ils peuvent même, à cause de certaines vieilles tendances encore vivantes en eux, être loin de la libération! (...)

Après ce qui vient d'être dit sur le but de la méditation, il faut néanmoins être préparé à accepter le fait que la pratique de la méditation ne peut, en aucune manière, être facile, surtout pour un débutant. 

La concentration intense exigée pendant la méditation — concentration qui est d'une importance fondamentale dans toute pratique spirituelle sérieuse — peut même se révéler très pénible pour certaines personnes. 

Car toute concentration spirituelle a justement pour but de décoller et de détacher l'homme de lui-même et de ce qu'il est habituellement pour le contraindre à demeurer dans le présent ce qui, à la suite d'un long conditionnement,  est tout à fait contraire à ce qu'il a coutume de faire!

Ordinairement, sauf à de très brefs moments de présence fugitifs ici et là, l'esprit de l'homme ne cesse de vagabonder sans contrôle dans le passé ou d'être occupé par l'appréhension, justifiée ou non, du futur — 

Avec tout ce que celui-ci peut lui apporter comme problèmes à résoudre le lendemain, la semaine d'après, ou l'année suivante. 

Il faut vraiment des conditions exceptionnelles, telles que danger pour son corps, maladies mortelles, désastres naturels, incendies, etc., pour le contraindre à rester dans le présent. 

Et même là, tout dépend du type de l'homme ainsi que de son niveau d'être — 

Sa présence, de par son conditionnement, peut être tout à fait partielle et mêlée à ce que son moi ordinaire appréhende ou veut et ne veut pas inconsciemment.

C'est justement cette contrainte de devoir demeurer dans le présent au cours de sa méditation qui prend le débutant par surprise et le rebute. 

Car, tout le temps durant lequel l'homme a grandi, il n'a fait que laisser ses pensées et ses émotions couler passivement là où bon leur semblait — 

Tout comme l'eau d'une rivière qui coule dans la direction qui lui oppose la moindre résistance, c'est-à-dire : la descente!


Extraits De « La Quête Suprême » — La Méditation    
L’expérience Du Sublime — Éditions Guy Trédaniel —



Salim Michaël



Billet Proposé Par Aron O’Raney