Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Éradiquer La Violence



Dans Une Famille, Dans Une Communauté, La Situation Est La Même. La Vie De Couple…On Doit Pratiquer Cela Dans La Vie De Couple. Cette Personne A De La Souffrance En Elle, A De La Violence En Elle, A Du Désespoir En Elle, Et L’autre Personne Aussi A Des Graines De Désespoir, De Violence, De Colère. 

Alors la situation est devenue difficile et la communication est impossible. On songe au divorce. On songe à la séparation, c’est parce qu’on ne peut pas parler ensemble. On ne peut pas parler l’un à l’autre. 

La pratique qui nous a été proposée par le Bouddha c’est pour restaurer la communication, et si on s’entraîne dans l’art de communiquer, on s’entraîne dans l’art de l’écoute profonde et compatissante, alors on peut restaurer la communication. 

Et ce n’est pas quelque chose de trop difficile. « Chéri, je sais que tu souffres, je sais qu’il y a de la violence, de la peur, du désespoir en toi. Dans le passé, je n’ai pas pu t’aider et j’ai rendu la situation pire. Je suis navré, ce n’est pas mon intention de te faire souffrir, mais je t’ai fait souffrir à cause de ma maladresse. 

J’ai réagi d’une manière violente. Maintenant je sais que ce n’est pas une bonne voie. Maintenant je sais que je dois t’écouter ; donc, chéri, dis-moi ce qui est dans ton cœur, quelle est ta souffrance, ton désespoir, ta colère. Je veux comprendre tout cela pour ne plus faire des bêtises, pour ne plus dire des bêtises. 

C’est parce que je ne veux pas continuer à te faire souffrir. Il faut m’aider. Chéri, dis-moi ce qui est dans ton cœur. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que je ne dois plus faire. Dis-moi ce que je dois dire, ce que je ne dois plus dire. 

J’ai besoin de toi. J’ai besoin de ton aide ». C’est exactement cette sorte de langage dont on a besoin, et si on peut parler ainsi, alors on peut ouvrir la porte de son cœur. Il faut être sincère. Ouvrir le cœur de quelqu’un c’est une chose faisable avec le parler aimant. Les Jeunes qui souffrent, les Jeunes qui font de la violence, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos jeunes frères, nos jeunes sœurs. 

Ils souffrent, elles souffrent, alors il faut s’adresser à eux, à elles, avec la compassion ; et nous attendons que le Président, le Premier Ministre, le Ministre des Affaires Intérieures fassent cela pour apaiser la colère, pour déclencher, pour restaurer la communication. C’est très important.

Si Nous Sommes Un Couple, Alors Il Faut S’asseoir Ensemble, Il Faut Recommencer. 

C’est possible de recommencer. C’est possible de faire un nouveau départ ; et cela avec la pratique de l’écoute compatissante, l’écoute profonde et la parole aimante. 

Nous avons offert des centaines, des milliers de retraites de la Pleine Conscience un peu partout dans le monde, et à chaque fois, dans chaque retraite, il y a des couples qui se réconcilient. C’est parce qu’ils savent comment utiliser l’instrument que nous leur avons offert : l’écoute profonde, l’écoute compatissante et le langage aimant. 

Il y a d’innombrables jeunes personnes qui ont pu se réconcilier avec leur père, avec leur mère, par la pratique. Il y a des partenaires, des maris et des femmes, qui se sont réconciliés à cause du fait qu’ils savent utiliser l’instrument, l’instrument de dialogue, l’instrument qui peut restaurer la communication, renouer les liens. 

Vous êtes un papa, un père, vous avez des difficultés avec votre fils. Vous êtes un père : c’est quelque chose comme si vous étiez le Premier Ministre ; vous êtes le Président : vous avez le pouvoir d’un père ; mais si vous n’exercez que le pouvoir, l’autorité d’un père vous ne pouvez pas réussir. 

Votre fils, votre fille ; elle est encore jeune et elle a déjà en elle de la souffrance, de la frustration, de la colère. Alors il faut reconnaître sa souffrance. Il faut savoir comment traiter cette souffrance en lui, en elle. 

Il faut utiliser la même sorte de langage : « mon fils, ma fille, je sais que tu souffres. Je ne veux pas que tu continues à souffrir. Je ne veux pas te faire souffrir plus. J’ai réagi avec maladresse dans le passé et j’ai rendu la situation pire. Maintenant je ne veux plus continuer comme cela. Je veux faire un nouveau départ. Donc mon fils, ma fille, il faut me dire ce qui est dans ton cœur. 

Je veux savoir. Si je te comprends enfin, je ne ferai pas des bêtises qui continuent à te faire souffrir, car si tu souffres, je souffre aussi. » Alors dire quelque chose comme ça, ce n’est pas trop difficile. C’est parce que lorsque vous réalisez que l’autre personne souffre, vous n’avez alors plus l’intention de la punir. 

Vous avez l’intention de faire quelque chose pour pouvoir soulager sa souffrance, et la chose que vous pouvez déjà faire, c’est de lui parler à lui, à elle, avec ce langage de compassion : « Chéri, je sais que tu souffres, je sais que j’ai contribué à cette souffrance-là. Je n’ai pas l’intention de te faire souffrir ; c’est à cause de mes maladresses et du fait que je ne t’ai pas compris ; alors il faut m’aider, mon chéri, ma chérie ». 

C’est Une Chose Faisable Et Cela Peut Prendre Une Demi-Minute Pour Le Faire. 

Si vous avez l’éveil, la compréhension et un peu d’amour, de compassion dans votre cœur, alors vous pouvez le faire tout de suite. Beaucoup de gens dans les retraites de Pleine Conscience nous ont rapporté qu’avec leur téléphone portable ils ont pu rétablir la relation avec leurs proches. 

Des garçons ont pu se réconcilier avec leur papa en utilisant le téléphone portable à la cinquième journée de la retraite. Les miracles se produisent toujours dans les retraites, et c’est parce que dans une retraite la graine de la compréhension et la graine de la compassion sont arrosées ; c’est parce que vous voyez, parce que vous entendez, et soudain vous sentez que vous avez cette capacité à utiliser le langage aimant. 

Vous Avez L’instrument, Vous Avez La Clé Pour Ouvrir Le Cœur, La Porte Du Cœur Chez L’autre Personne. 

Dans une communauté c’est la même chose. Nous vivons dans cet âge, un âge de violence. La violence est pénétrée en nous. Nous avons nous tous cette graine de violence et de désespoir en nous, alors pratiquer, c’est reconnaître la présence de ces graines-là, afin de pouvoir les transformer. Quand on vit dans une communauté on regarde tout les autres avec compréhension, avec compassion. 

La communauté est un organisme et chaque personne, chaque membre de la communauté est une cellule de l’organisme. Alors, quand on regarde comme ça autour de soi-même on reconnaît cette sœur qui est une cellule de l’organisme, comme soi-même. 

Moi je suis une cellule et elle aussi est une cellule. Quand on regarde ce frère on voit que l’autre aussi est une cellule du corps. La Sangha a un corps. Sangha veut dire communauté. Si vous avez un corps, la Sangha a aussi un corps, « le corps de Sangha » : Sanghakaya, le corps de Sangha. 

L’autre constitue une partie du corps de la Sangha, et tout le monde dans la Sangha constitue une partie de la Sangha ; alors on peut déjà regarder et reconnaître l’autre comme une partie, une cellule de l’organisme de la Sangha. Alors si cette personne souffre, on souffre aussi. Quand on souffre de la coupure d’un doigt, alors c’est tout l’organisme qui souffre avec. 

On peut regarder autour de soi pour voir et reconnaître tout le monde qui est là, qui appartient au corps de la Sangha ; et il faut faire quelque chose, ou bien il faut s’abstenir de faire quelque chose, pour pouvoir aider cette personne à ne plus souffrir, à souffrir moins. 

Et Cela On Le Fait Pour Lui, Pour Elle, Mais On Le Fait En Même Temps Pour Soi-Même. 

Quand vous parlez à un membre de la Sangha, vous parlez en telle sorte que la souffrance en lui ou en elle puisse se transformer. Avec de la compréhension, avec de la compassion, votre discours, ce que vous dîtes va pouvoir reconnaître, embrasser et transformer cette souffrance en lui ou en elle. 

Vous le faites pour lui, pour elle, mais vous le faites aussi pour vous-même. C’est parce que dans une communauté nous inter-sommes.

Dans une vie de couple c’est la même chose. Quand l’autre personne souffre, vous souffrez aussi. « Chéri, je ne veux pas te faire souffrir, parce que je sais que si tu souffres je souffre aussi. 

Tu es mon corps, je suis ton corps aussi ; même si nous sommes deux, nous sommes une Sangha, une communauté, et chacun de nous est une cellule du corps de la Sangha. 

Alors, tu es moi et moi je suis toi. Je m’occupe de toi et toi, tu t’occupes de moi, comme cela nous sommes une communauté heureuse ».


Extrait D’un Enseignement — 
Retraite D’automne, Le 13 Novembre 2005, Hameau Du Haut.



Thich Nhat Hanh



Billet Proposé Par Aron O’Raney