Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

En Parlant De La Fatigue…



Tout Homme Fait L’expérience De La Fatigue.

Quand on n'est pas fatigué, on n'a pas besoin de se coucher. Quand on est fatigué, on apprécie de pouvoir dormir et, le lendemain, on se réveille frais et dispos. C'est la bonne fatigue, celle qui s'inscrit dans le rythme de la vie. 

Il y a aussi la fatigue de l'homme privé de force et de motivation, qui ne se sent pas prêt à assumer la responsabilité de sa vie et de son monde. 

Et il y a le phénomène social de la fatigue : une société peut se fatiguer, elle peut se lasser de ses institutions politiques et religieuses. La fatigue est alors comme une chape paralysante qui épuise l'individu, les groupes d'hommes et les nations.

Il y a également la fatigue qui nous invite à marquer une pause, qui rend possible un nouveau départ et nous ouvre à la dimension contemplative de la vie. C'est en ce sens que les moines d'autrefois comprenaient la fatigue. 

— À notre époque, Peter Handke a évoqué la « fatigue au regard clair », celle qui nous lie silencieusement aux autres et au monde. 

— Quant au philosophe coréen Byung-Chul Han, il y voit un remède à l'usage de notre société qui épuise les individus à force de positivité et d'incitation à la performance.

Tout phénomène humain possédant deux aspects, il s'agit ainsi de reconnaître les deux faces de la fatigue et de faire en sorte qu'elle devienne pour nous une bénédiction. 

  La Fatigue Nous Oblige À Être Humbles, À Reconnaître Nos Limites. Elle Nous Ouvre À La Complexité De Notre Vie. 

Mais elle peut aussi nous conduire à l'écœurement et au dégoût de l'existence. 

Tout dépend de la façon dont nous la percevons et de ce que nous sommes capables d'en faire.

La première étape consiste à reconnaître la fatigue. 

La deuxième, à l'observer et, comme le dit Évagre le Pontique, à la « regarder dans les yeux » pour discerner ce qu'elle a à nous dire.

La troisième étape nous demande de réagir : soit nous coucher pour prendre du repos, soit nous mettre au diapason de notre fatigue, soit encore en questionner les raisons profondes.

Elle nous invite à mettre d'autres accents dans notre vie, parfois même à changer de direction. Mais son véritable objectif reste la contemplation. 

Elle nous conduit jusqu'au fond de notre âme, là où les problèmes de ce monde n'ont pas accès, là où nous ne faisons qu'un avec nous-mêmes, un avec le monde et un avec Dieu. 

C'est alors la bonne fatigue, la fatigue clairvoyante et unificatrice, qui nous est bénéfique et qui profite à notre société. 

Dans cette intériorité où la fatigue aimerait nous conduire, Nous sommes vivants et bien réveillés. 

Une source y bouillonne, qui ne tarit jamais. Quand nous nous alimentons à cette source, nous ne pouvons céder à l'épuisement.   

Nous ne connaissons qu'une fatigue ordinaire, qui, de nouveau, nous renvoie vers nous-mêmes. 

C'est là que se trouve le lieu de notre éveil, d'une vigilance qui tient à l'acceptation de la fatigue physique et psychique.   

C'est la vigilance de l'être pur. Là, nous n'avons pas à nous contraindre à rester éveillés. 

Quand, à la faveur du loisir, nous nous tournons vers l'intérieur, nous y découvrons l'attention qui nous permet de voir les choses telles qu'elles sont.

Alors ce monde n'aura plus le pouvoir de nous fatiguer, nous le façonnerons de nos idées nouvelles, de ces idées qui sont en accord avec son être et permettront au rêve divin d'accroître sans   cesse sa lumière.


Extrait de « Retrouver Le Gout De La Vie »



Anselm Grün



Billet Proposé Par Aron O’Raney