Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Swami Prajnanpad… Grandes Lignes


LE DÉSIR — 

Les désirs naissent de la double croyance que l'on peut obtenir quelque chose d'un autre et que l'on peut le garder de façon permanente. Ces deux croyances sont fausses. Personne ne donne jamais rien. L'autre ne donne que s'il obtient lui-même ce qu'il veut. 

Aussi vous faut-il donner d'abord. Et ce faisant, nous ne sommes pas sûrs que l'autre a reçu réellement; cela peut le laisser indifférent. Ensuite, croire que nous pourrons garder quoi que ce soit, c'est faire fi de l'impermanence de tout ce qui est. Alors, voyant cela, nous ne sommes plus emportés par le désir. 

Mais tant qu'ils sont là, ces désirs, nous devons les accueillir. Nous ne devons surtout pas les refouler, mais les réaliser consciemment et voir où ils nous mènent. Si le résultat est positif, nous pouvons les garder. S'ils entraînent de la souffrance, alors ils doivent disparaître. 

LA TENSION — 

La tension enferme dans la souffrance. Ouvrons-nous, libérons les tensions à mesure par la lucidité. Ouverts, nous sommes libres. 

Quand vous êtes complètement ouverts, l'intérêt de chacun devient votre intérêt, vous êtes un avec le monde entier. 

L'EGO —

L'ego est ce qui nous fait dire : « c'est à moi! » C'est la projection sur l'extérieur. C'est la réaction du désir ou du refus, autrement dit l'émotion. 
Ex-movere, se meut vers l'extérieur (de soi). L'ego est la subjectivité, au sens courant du terme. 

Tout rapporter à moi. On ne peut connaître quelque chose qu'en l'expérimentant, et pour ce faire, nous devons lui dire oui, l'accueillir. Ainsi quand il n'y a pas d'effort ni pour courir vers, ni pour fuir, on sent que l'on est avec ce qui est. 

De même quand vous faites un travail, vous devez être totalement présent. Si vous mangez, alors « vous mangez ». C'est tout. Ne vous préoccupez pas ni de celui qui mange, ni de ce qui est mangé. Seulement « mangez ». Le « Vous » disparaît. 

Pareillement, si vous faites un modèle et vous êtes modéliste, il n'y a que l'action de faire un modèle. Il n'y a pas d'ego ni de modèle. Ainsi, à n'importe quel moment, il y a seulement « ce qui est en train d'être », il y a seulement Brahman. Seulement « Un Sans Second ». 

LA SOCIÉTÉ —

Le sentiment d'appartenance sociale vient de la réalisation du fait que nous ne pouvons vivre sans les autres. Au début, les autres existent pour nous-mêmes. Mais rapidement, nous réalisons que nous ne pouvons pas prendre sans donner en retour. 

Aussi y a-t-il une relation avec les autres, où l'on donne et où l'on reçoit.

Puis l'homme devient vraiment adulte; il trouve plus de satisfaction à donner qu'à recevoir. La véritable maturité de l'adulte est tout donner, ne rien prendre. 

Vous ne pouvez garder le mental sur ce que vous êtes, le Soi. Mais essayez plutôt d'être libre du mental; cela vous conduira au Soi. 

LA QUÊTE DE SOI —

Si seulement nous avions la patiente d'examiner ces fausses identifications et d'atteindre le but suprême, nous nous verrions nous-mêmes comme conscience pure, calme et sereine. Nous devons partir de ce qui est sous nos yeux. Suis-je ce corps

Sans attente, désir et sans refus, observez... Si l'expérience vous montre que vous n'êtes pas ce corps, alors vous pourrez le dépasser. Et ainsi de suite pour les formes subtiles de l'être individuel. 

Se débarrasser de tout ce qui est matière grossière ou subtile est l'essence de la quête. 

PROGRESSER —

Chose naturelle, mais un pas après l'autre. Concentré dans l'instant. Sans comparaison avec le progrès des autres. Acceptez ce que vous avez fait : c'est exactement ce que vous pouviez faire, toute causalité intégrée. 

L'erreur est naturelle. La nature elle-même fait mille erreurs pour réussir une seule chose... Personne ne peut vous connaître et donc personne ne peut parler de vous. 

Chacun a des pensées à votre sujet et exprime ses opinions sur l'image qu'il s'est faite de vous et non sur vous. 

Alors, pourquoi vous troubler? Vous devez rester calme et silencieux comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre. 

VOIR ET PENSER — 

Voir et penser sont très différents : on pense avec le mental et on voit avec la faculté de perception. Le mental projette le je sur l'objet, lequel est comme caché sous la pensée. 

Cessez de penser, car penser déforme votre vision et vous empêche de voir les choses comme elles sont. En pensant, nous jugeons : c'est bon ou mauvais, juste ou faux. 

Quand nous voyons les choses comme elles sont, il n'y a ni attirance ni répulsion. Ce que vous voyez est en vous. Finalement, tout est en vous, c'est cela l'infini. 

Quand nous pensons à quelque chose, c'est que nous la désirons ou que nous la refusons. Mais si nous la prenons, nous prenons à la fois le positif et le négatif de cette chose, ce que malheureusement nous occultons souvent. 

La chose doit être vue comme un tout, sereinement on prend ou on laisse.  

Entretiens avec Swâmi Prâjnânpad, Accarias-l'Originel 1984 
Publié en anglais en Inde en 1977 — Traduit par Colette Roumanoff



R. Srinivasan



Billet Proposé Par Aron O’Raney