Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

L’Homme Et La Vraie Vie…


L’homme N’est Pleinement Vivant Que Lorsqu’il Sent, Au Moins Jusqu’à Un Certain Point, Qu’il Se Consacre Spontanément, En Toute Vérité, Au But De Sa Vie. 

En d'autres termes, l'homme est vivant non seulement quand il existe, non seulement quand il existe et agit, non seulement quand il existe et agit en homme (c'est-à-dire librement) mais surtout quand il est conscient de la réalité et de l'inviolabilité de sa liberté personnelle et de la possibilité qu'il a de consacrer cette liberté entièrement au but pour laquelle elle lui a été donnée.

Or cette prise de conscience ne lui vient que si sa liberté est consacrée à une juste cause. 

L’homme « se trouve » et est heureux quand il sent que sa liberté oriente, spontanément et énergiquement, tout son Être vers le but qu'il a soif d'atteindre, au fond de son âme. 

Ce but, c'est la vie dans le sens le plus plein du terme — pas simplement une vie personnelle et égoïste condamnée à s'abîmer dans la mort, mais une vie qui transcende les capacités et les besoins individuels et subsiste en dehors du moi, dans l'Absolu, dans le Christ, en Dieu.

L’homme Est Véritablement Vivant Quand Il Se Sent Maître De Son Destin De Vie Ou De Mort, 

Conscient du fait que sa perfection ou sa destruction dernière dépend de son propre choix libre et conscient, de son aptitude à l'exercer seul. Voilà le début de la vraie vie.

Cependant nous avons exposé la théorie et l'idéal. Quelle est la réalité

L'homme déchu, dans lequel la vie et la mort luttent pour avoir le dessus, n'est plus pleinement maître de lui-même : il ne peut plus que crier au secours dans le vide. 
Certes, le secours vient inexplicablement en réponse à son appel, mais jamais sous la forme qu'il attendait. Peut-on parler de « maîtrise de soi »

Paradoxalement, C’est Alors, Et Alors Seulement Que L’homme Est Maître De Sa Destinée Spirituelle. 

C'est alors qu'il choisit. C'est alors que sa liberté, dans sa lutte désespérée pour survivre, « oriente spontanément et énergiquement tout son être vers le but qu'il a soif d'atteindre ».

Comme nous devons manier prudemment ces métaphores optimistes de « force » et de « réalisation de soi-même »! La véritable force de l'homme demeure cachée dans la souffrance qui le pousse à crier vers Dieu : il est alors, à la fois, impuissant et tout-puissant. 

Il ne peut rien par lui-même, et cependant il « peut tout dans l'Invisible qui le fortifie ».

La vraie vie ne consiste donc pas à subsister d'une manière végétative, pas plus qu'à s'affirmer ou à être content de soi d'une manière animale. 

La Vraie Vie, C’est La Liberté Qui Dépasse Le Moi Et Subsiste, En « L’autre », Par L’amour.

C'est un don total de Dieu, la faculté de « perdre sa vie pour la trouver », au lieu de la conserver pour la perdre. La vie parfaite, c'est l'amour spirituel. 

Et le christianisme croit si fermement au pouvoir de l'amour, à l'Esprit Saint, qu'il affirme que l'amour divin peut triompher même de la mort. Et il risque la mort pour connaître la plénitude de la vie.

Mais le sommet de la vie, en l'homme, c'est aussi la contemplation, qui est la perfection de l'amour et de la connaissance. 

La vie de l'homme se développe et se perfectionne au moyen de ces actes par lesquels de son intelligence illuminée appréhende la vérité, et par ceux, encore plus importants, par lesquels sa liberté inviolable absorbe et assimile, pour ainsi dire, la vérité par l'amour et rend son âme vraie en « accomplissant la vérité dans la charité ».

La contemplation est la fusion de la vie, de la connaissance et de la liberté dans une intuition suprêmement simple de l’unité de tout amour, de toute liberté et de toute vie dans leur source, Dieu.


Un Extrait De « Le Nouvel Homme »
Traduction De L’américain Par Marie-Tadié



Thomas Merton (1915-1968)



Billet proposé par Aron O’Raney