Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Souffle De La Vie…



— CXLVII —

Quand tu chancelles sous le poids de la douleur, 
Quand tu n'as plus de larmes, 

Pense à la verdure qui miroite après la pluie. 

Quand la splendeur du jour t'exaspère, 
Quand tu souhaites qu'une nuit définitive 
S’abatte sur le monde, 

Pense au réveil d'un enfant.

— CXLVIII —

Je dissimule ma tristesse, 
Puisque les oiseaux blessés se cachent pour mourir. 
Du vin

Écoutez mes plaisanteries
Du vin, des roses, des chants de luth 

Et ton indifférence à ma tristesse, 
Bien-aimée!

— CXLIX —

Seigneur, 
Tu as placé mille pièges invisibles sur la route 
Que nous suivons, 

Et tu as dit: 
« Malheur à ceux qui ne les éviteront pas! » 

Tu vois tout, tu sais tout. 
Rien n'arrive sans ta permission. 

Sommes-nous responsables de nos fautes? 
Peux-tu me reprocher ma révolte?

— CL —

J'ai beaucoup appris et j'ai beaucoup oublié aussi, 
Volontairement. 

Dans ma mémoire, 
Chaque chose était à sa place. 

Par exemple, 
Ce qui était à droite ne pouvait aller à gauche. 

Je n'ai connu la paix que le jour 
Où j'ai tout rejeté avec mépris. 

J'avais enfin compris 
Qu'il est impossible d'affirmer ou de nier.


— CLI —

J'ai eu des maitres éminents. 
Je me suis réjoui de mes progrès, 
De mes triomphes. 

Quand j'évoque le savant que j'étais, 
Je le compare à l'eau qui prend la forme du vase 
Et à la fumée que le vent dissipe.


Traduit par Franz Toussaint, Paris 
Q147-151 — L’Édition d’art H. Piazza.



Omar Khayyâm.



Texte Proposé par Aron O’Raney