Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Rite Bwiti

© Émilie Chaix — Photononstop — AFP

Au Cœur Du Rite Bwiti « L’Iboga » Une Racine Aux Effets Hallucinogènes…

— L’Iboga « Tabernanthe Iboga » Est un arbuste de l’Afrique équatoriale. L'utilisation de sa racine est connue des Pygmées depuis des temps ancestraux, et l’archéologue Richard Oslisly en a trouvé sa trace par anthracologie, dans des charbons de bois âgés de plus de deux mille ans.

— L’usage de l’Iboga Est Traditionnel dans certaines tribus africaines. Il est notamment employé dans le rituel Bwiti des « Mitsogo » du Gabon Central et des « Fangs » du Nord Gabon et du Cameroun où une mythologie des ancêtres s'est développée. — L’Iboga s’identifie comme « l’Arbre de la connaissance » évoqué dans la Bible.

— L’Iboga Est cependant Considéré Comme Drogue Illicite Dans De Nombreux Pays.

Ses racines sont constituées d’alcaloïdes, qui sont transformés en une poudre au goût amer et fort. L’ibogaïne, l’un de ces composants est particulièrement psycho stimulante et hallucinogène.

À faible dose, l’Iboga provoque déjà un accroissement de la perception sensorielle et une extrême stimulation. À forte dose, il suscite nausées, vomissements et une asthénie musculaire durant laquelle apparaissent des visions hallucinatoires.

Il convient de relever cependant, quelques études aux États-Unis, qui lui reconnaissent certaines propriétés thérapeutiques, notamment dans le sevrage des drogues…

« En expérimentant la molécule sur des rats dépendants à la cocaïne et à la morphine, Stanley Glick professeur et directeur de recherche au Centre de neuro-pharmacologie et de neurosciences à l'Albany Medical College à New York, a prouvé en 1991, que l'Ibogaïne réduit l'auto — administration de ces substances deux jours après le début du traitement. »

« Deborah Mash, professeure de neurologie et de pharmacologie moléculaire et cellulaire à l'université de médecine de Miami, explique : — Elle est efficace dans le sevrage aux opiacés pratiquement la plupart du temps — Certains patients ont des effets persistants après; Mais il n'y a jamais eu une étude en double aveugle, ce qui est nécessaire pour définir les taux de réussite réels »

Le « Bwiti » Aussi Appelé « Bwete » Est Un Rite Initiatique Des Populations Mitsogo Et Bapinzi Du Gabon. 

Chez les Mitsogo et les Bapinzi, le Bwiti est uniquement réservé aux hommes, et les initiés sont considérés comme Les Maîtres et gardiens des mystères de la connaissance de l'au-delà. 

L’initiation est indispensable dans cette société tribale, où le « non-initié » au Bwiti est banni, car n’étant pas considéré comme un homme accompli.

L’Iboga atteste de l'existence de l'au-delà, et au travers de sa substance spirituelle inaltérable, l'homme appartient aux deux plans de l'existence, qu'il confond, ne sachant pas où la naissance et la mort commencent. 

La mort physique est insignifiante, car elle n'est qu'une nouvelle vie — « l’Iboga conditionne seul la pluralité des existences ». L’Iboga absorbé annihile la temporalité, passé, présent et futur fusionnent, et l'homme retourne à ses origines.

Le Bwiti est aujourd'hui très répandu au Gabon, parmi les populations du Sud, mais aussi au Nord chez les « Fangs » d’où il s'est très largement diffusé en Guinée quatoriale et dans le Cameroun Sud.

Le Bwiti se caractérise par le culte cérémoniel et l'enseignement qui en découle. L'aspect spirituel est surtout revendiqué par l'ethnie Fang.

Les Fangs peu avant le XXe siècle pratiquaient un culte mortuaire ancestral, le « Byeri », ils le complétèrent ensuite, par une hiérarchie et un nouveau concept spirituel, au rituel originel, proche du christianisme. 

Le « Bwiti Misoko » est une branche initiatique dérivée apparue après le « Bwiti Dissumba ». Il est plus particulièrement réservé à un usage thérapeutique avec le « rite d'affliction »; il est aussi souvent qualifié de « culte de guérison ».

Le profane y a recours en cas d'infortune « inexpliquée », dont la cause supposée proviendrait du maléfice d’un sorcier malveillant le « mauvais sort ». Les personnes dans la détresse psychologique, ou souffrant de maux indéfinissables sont attirées par ce rite.

— Les Initis du rite, les « Ngangas » ou maîtres de cérémonie, appelés aussi « Nganga-A-Misoko », s’apparentent à des Devins-Guérisseurs. Ils ont recours à la pharmacopée naturelle, avec les plantes, racines, feuilles, écorces, etc..

Les initiés officient la nuit, pour combattre les sorciers malveillants et rompre leurs liens. Il y a dans les cérémonies une conjonction du sacré, au spirituel, et l’on entre de plain-pied dans l’affrontement de pouvoirs occultes.

Le « Mwiri » est un rite de protection, il s’agit d’un culte des sorciers, dont l’admission se fait par le sang. Sa finalité réside dans le maintien de la cohésion sociale. 

Le « Bwiti Dissumba » est la branche originelle du rite initiatique des « Mitsogo » le peuple bantou de la province de la Ngounié au centre du Gabon; il est pratiqué par toutes les ethnies.

Dans ce rite, les femmes sont acceptées comme membres, après une complète initiation avec l’Iboga. L’essentiel des rites Mitsogo y compris le langage, est respecté dans les initiations.

Le Bwiti Dissumba est issu du « culte des ancêtres » le Byéri, il est pratiqué à l’aide de reliquaires contenant les ossements des ascendants défunts. 

Lors des cérémonies l’on absorbe un psychotrope aux effets violents : — l’« Alan » Alchornea Floribunda pour favoriser la communication avec les morts, et on utilise les ossements humains conservés comme reliques.

Le Dissumba est une voie mystique du Bwiti, qui permet à l'initié d’entrer en relation avec le royaume des morts le « village des ancêtres ». Il est le souffle créateur de toute chose, et durant la cérémonie les initiés évoquent « Dikombo Bokayé » c’est-à-dire au nom du souffle.

— Il existe aussi une variante spécifique du Bwiti Dissumba, dans laquelle l’on trouve des éléments de la liturgie chrétienne, et certains composants du « culte des ancêtres » traditionnel, le Byéri.

— Il est à relever qu’il existe aussi dans le Dissumba, un rite de passage « pubertaire » réservé aux jeunes hommes. L’immersion dans le pays des ancêtres leur permet ainsi d'acquérir la connaissance indispensable à l’intégration dans la communauté tribale. 

Dans ce rite les prises d'Iboga sont tellement importantes, qu’elles peuvent souvent s’étaler sur trois jours. Durant la cérémonie la perte de connaissance provoque le « voyage couché » qui se prolonge par le « voyage astral »

La préparation de l’initiation dans le Dissumba, est stricte et les interdits nombreux. La semaine précédant la cérémonie, l'abstinence sexuelle est exigée, ainsi que l'interdiction de consommer de l'alcool ou une quelconque drogue. Le Jeûne est observé pendant les trois jours précédant l’initiation; seul l'Iboga est absorbé.

En définitive il n’existe aucune incompatibilité majeure, entre « Bwiti Misoko » et « Bwiti Dissumba »

Il peut même arriver lors d'une initiation au Misoko, de « glisser » dans le rite Dissumba, ou ne pas arriver à quitter la voie terrestre dans le Dissumba. 

L'idéal serait sans doute, d'être initié successivement aux deux rites, pour parvenir à la « Voie Horizontale » du Misoko, et à la « Voie Verticale » du Dissumba pour s'élever. 



Aron O’Raney