Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Bravoure Et Sagesse…



— LXVIII —


Celui qui excelle à commander une armée, n'a pas une ardeur belliqueuse.
Celui qui excelle à combattre ne se laisse pas aller à la colère.
Celui qui excelle à vaincre ne lutte pas.
Celui qui excelle à employer les hommes se met au-dessous d'eux.
C'est ce qu'on appelle posséder la vertu qui consiste à ne point lutter.
C'est ce qu'on appelle savoir se servir des forces des hommes.
C'est ce qu'on appelle s'unir au ciel.
Telle était la science sublime des anciens.

— LXIX — 


Voici ce que disait un ancien guerrier :
Je n'ose donner le signal, j'aime mieux le recevoir.
Je n'ose avancer d'un pouce, j'aime mieux reculer d'un pied.
C'est ce qui s'appelle n'avoir pas de rang à suivre, de bras à étendre, 
D'ennemis à poursuivre, ni d'arme à saisir.
Il n'y a pas de plus grand malheur que de résister à la légère.
Résister à la légère, c'est presque perdre notre trésor.
Aussi, lorsque deux armées combattent à armes égales, 
C’est l'homme le plus compatissant qui remporte la victoire.

— LXX —


Mes paroles sont très faciles à comprendre, très faciles à pratiquer.
Dans le monde personne ne peut les comprendre, personne ne peut les pratiquer.
Mes paroles ont une origine, mes actions ont une règle.
Les hommes ne les comprennent pas, c'est pour cela qu'ils m'ignorent.
Ceux qui me comprennent sont bien rares. 
Je n'en suis que plus estimé.
De là vient que le Saint se revêt d'habits grossiers et cache des pierres précieuses dans son sein.


— LXXI —


Savoir et croire qu'on ne sait pas, c'est le comble du mérite.
Ne pas savoir et croire qu'on sait, c'est la maladie des hommes.

Si vous vous affligez de cette maladie vous ne l'éprouverez pas.
Le Saint n'éprouve pas cette maladie, parce qu'il s'en afflige.
Voilà pourquoi il ne l'éprouve pas.

— LXXII —


Lorsque le peuple ne craint pas les choses redoutables, ce qu'il y a de plus redoutable, la mort, vient fondre sur lui.

Gardez-vous de vous trouver à l'étroit dans votre demeure, gardez-vous de vous dégoûter de votre sort,
Je ne me dégoûte point du mien, c'est pourquoi il ne m'inspire point de dégoût.
De là vient que le Saint se connaît lui-même et ne se met point en lumière ; il se ménage et ne se prise point.
C'est pourquoi il laisse ceci et adopte cela.

La Voie Du Tao, Livre II — LXVIII-LXXII —



Billet proposé par Aron O’Raney