Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Trois « Misères » Du Pape François…


Le Pape François au Vatican, le 2 février 2014 Crédit photo : Filippo Monteforte/AFP

En Publiant Son Premier Message De Carême, Le Pape François Démontre Qu'il N'est Pas L'homme De Gauche Dans Lequel Beaucoup Veulent L'enfermer, Mais Un Guide Spirituel Radical Et Exigeant.

On enferme facilement le pape François dans l'image d'un pape de gauche focalisé sur la seule question de la justice sociale. En publiant, mardi, son premier message de carême (du 5 mars au 20 avril) destiné à orienter la méditation des chrétiens pendant les quarante jours qui précèdent la fête de Pâques, il répond à cette simplification en expliquant que la « pauvreté » est tout autant « matérielle », que « morale » et « spirituelle ». Il propose trois définitions de la misère.

« La Misère Matérielle »

La « misère matérielle » est « celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine : ceux qui sont privés des droits fondamentaux et des biens de première nécessité comme la nourriture, l'eau et les conditions d'hygiène, le travail, la possibilité de se développer et de croître culturellement ».

Il rappelle que l'Église combat chaque jour ce type de misère qui « enlaidit le visage de l'humanité », mais aussi parce qu'« en aimant et en aidant les pauvres nous aimons et nous servons le Christ ». 

Ainsi « l'engagement » des chrétiens sur ce terrain consiste « à faire en sorte que, dans le monde, cessent les atteintes à la dignité humaine, les discriminations et les abus qui sont si souvent à l'origine de la misère ».

Sans oublier que « lorsque le pouvoir, le luxe et l'argent deviennent des idoles, ils prennent le pas sur l'exigence d'une distribution équitable des richesses. C'est pourquoi il est nécessaire que les consciences se convertissent à la justice, à l'égalité, à la sobriété et au partage ».

● « la Misère Morale »

Vient ensuite « la misère morale » qui n'est « pas moins préoccupante » aux yeux de François, rectifiant par là l'image de pape uniquement social dans laquelle il est souvent enfermé : cette misère-là consiste « à se rendre esclave du vice et du péché. 

Combien de familles sont dans l'angoisse parce que quelques-uns de leurs membres — souvent des jeunes — sont dépendants de l'alcool, de la drogue, du jeu, de la pornographie !».

Des situations souvent subies, car beaucoup « sont obligés de vivre dans cette misère à cause de conditions sociales injustes, du manque de travail qui les prive de la dignité de ramener le pain à la maison, de l'absence d'égalité dans les droits à l'éducation et à la santé ». 

Dans ces cas, explique François, « la misère morale peut bien s'appeler début de suicide ». Forme de misère qui est « aussi cause de ruine économique ».

● « la Misère Spirituelle »

Troisième définition de la misère décriée par François : « la misère spirituelle ». Elle « frappe lorsque nous nous éloignons de Dieu et refusons son amour. 

Si nous estimons ne pas avoir besoin de Dieu, qui nous tend la main à travers le Christ, car nous pensons nous suffire à nous-mêmes, nous nous engageons sur la voie de l'échec. 

Seul Dieu nous sauve et nous libère vraiment. »

Pour le pape, en tout cas, « l'Évangile est l'antidote véritable contre la misère spirituelle ». 

Le rôle des chrétiens consiste à « porter en tout lieu cette annonce libératrice selon laquelle le pardon pour le mal commis existe » et que « Dieu est plus grand que notre péché » et qu'« il nous aime gratuitement, toujours », car « nous sommes faits pour la communion et pour la vie éternelle ».

Quant Á La Conclusion Pratique du pasteur de l'Église catholique, elle propose aux chrétiens — appelés à se « convertir » pendant ce temps de carême — un appel à une « aumône » radicale, c'est-à-dire qui « fasse mal » ! Pas seulement d'ordre matériel, par exemple pour quelqu'un qui serait dans l'aisance. 

Mais le « dépouillement » de quelque chose à laquelle la personne se sent vraiment attachée : « Le carême est un temps propice pour se dépouiller, insiste François, et il serait bon de nous demander de quoi nous pouvons nous priver, afin d'aider et d'enrichir les autres avec notre pauvreté. 

N'oublions pas que la vraie pauvreté fait mal : un dépouillement sans cette dimension pénitentielle ne vaudrait pas grand-chose. Je me méfie de l'aumône qui ne coûte rien et qui ne fait pas mal. »


Source : lefigaro.fr



Billet Proposé Par Aron O’Raney