Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Templiers… Servir La Terre Du Christ

 La bataille de Montgisard a été gagnée par le roi - Baudouin IV de Jérusalem sur l'armée de Saladîn, en 1177. Tableau de Charles Larivière, vers 1840, Château de Versailles.

Nous Sommes À L’extrême Fin Du XIe Siècle. En 1095 À Clermont, Le Pape Urbain II S’adresse À Une Foule Bigarrée, À L’issue D’un Concile Régional Destiné À Promouvoir Le Programme De Réforme Lancé Depuis Quelques Décennies Par La Papauté, Un Mouvement Que Les Historiens Nomment La Réforme Grégorienne. 

S'adressant plus particulièrement aux « puissants », détenteurs du pouvoir et des richesses, et à ceux qui les servent en armes, les chevaliers, le pape leur propose de se porter au secours de l'empire grec d'Orient « l’Empire byzantin », qui vient d'abandonner l'Asie Mineure aux Turcs Seldjoukides, à la suite de la bataille de Manzikert en 1071.

Mais le pape va plus loin : il demande de secourir les chrétiens orientaux et — objectif plus valorisant — de libérer Jérusalem, la ville du Christ, qui est aux mains des musulmans depuis l’an 638. 

En s'engageant dans ce long et périlleux pèlerinage armé, les chevaliers, mettant leurs armes au service d'une cause juste, gagneront leur salut. Ce n'est que plus tard que l'on a parlé de « croisade », mais c'en fut le modèle.

Servir Militairement La Terre Du Christ

Des armées s'ébranlent donc d'Occident, suivies d'une foule de pèlerins de tous âges et de toutes conditions. Au prix de mille souffrances, le 15 juillet 1099, les croisés, du nom de la croix cousue sur leur habit, en reconnaissance du vœu qu'ils ont prononcé, s'emparent dans le sang de Jérusalem. 

Les territoires conquis deviennent les États latins d'Orient : Comté d'Édesse et principauté d'Antioche en Syrie du Nord, royaume de Jérusalem en Syrie et Palestine et, entre les deux, un peu plus tard, le comté de Tripoli.

Il faut défendre ces États contre le retour offensif des principautés musulmanes, souvent rivales, qui composent les califats de Bagdad et du Caire. 

Or, beaucoup de croisés, leur vœu accompli, sont repartis pour l'Occident. Ceux qui restent s'établissent sur des terres et remplissent leurs obligations féodales : servir en armes leur seigneur. Certains se mettent au service des Églises de Terre sainte, et en particulier du Saint-Sépulcre, qui abrite le tombeau — vide — du Christ. 

Les nouveaux maîtres latins y ont installé des clercs latins : un patriarche et un collège de chanoines. 

Des chevaliers croisés se mettent à leur service, formant une confrérie comme il en existait déjà en Occident, au service du pape ou de grandes abbayes, et dans les territoires comme l'Espagne, fraîchement reconquis sur les royaumes musulmans.

Hugues de Payns, un vassal du comte de Champagne, est de ceux-là. Avec quelques autres chevaliers, il aspirait à une expérience religieuse plus forte, tout en continuant à servir militairement la terre du Christ : mener aussi la vie de prière du moine, vivre selon une règle de type monastique, obéir à un maître. 

En 1120, le Roi de Jérusalem, Baudouin II, comprenant tout l'intérêt pour la défense de son royaume de cette « chevalerie religieuse », l'encourage, et le patriarche de Jérusalem donne son accord. Restait à obtenir la validation, par les autorités religieuses romaines, de cette « expérience neuve au sein de la spiritualité médiévale ».

En 1127, Hugues de Payns et quelques compagnons effectuent une tournée en Occident. 

En janvier 1129, le concile de Troyes reconnaît la nouvelle institution et lui donne une règle cautionnée par Bernard de Clairvaux. 

Les premières structures se mettent en place et les premières donations affluent : ainsi le nouvel ordre aura-t-il les moyens d'accomplir la mission qu'il s'est assignée en Terre sainte.

Les premiers rois de Jérusalem s'étaient installés dans des bâtiments de la mosquée Al-Aqsa, sur l'esplanade du Temple. 

C'était le site du palais du roi Salomon, que l'on confondait avec le site, plus prestigieux, du Temple de Salomon, lequel était en réalité un peu plus loin, à l'emplacement de la Coupole du rocher, la merveilleuse mosquée à la coupole dorée. 

Baudouin II le cède à Hugues de Payns et à ses chevaliers. Qui deviennent les « Pauvres Chevaliers Compagnons Du Christ Et Du Temple De Salomon », l'ordre du Temple. 



Alain Demurger



Billet Proposé Par Aron O’Raney