Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Templiers, Riches Et Courageux…



Riches, Les Templiers L’étaient; De Terres, De Bien-Fonds Plus Que De Numéraire D’ailleurs. Mais Pas Plus Que Les Hospitaliers, Cisterciens Et Autres Grands Ordres Religieux. 

Ils ont exploité leurs domaines avec rigueur et efficacité; ni conservateurs ni systématiquement innovateurs, ils ont su s’adapter au terrain. 

L’accumulation n’est pas ce qui les motive : elle constitue un moyen pour remplir leur mission en Terre sainte. On ne comprend rien au fonctionnement du Temple, ni de l’Hôpital, ni des Teutoniques d’ailleurs, si l’on ne prend pas en compte cette relation front-arrière qui leur est propre, comme ordre religieux. 

Pour faire face aux dépenses considérables en Orient comme en Espagne, les templiers doivent transférer en Orient, à partir des ports méditerranéens, hommes, armes, chevaux, vivres et argent. 

Chaque Maison Du Temple, À L’arrière, Prélève Sur Ses Revenus Une Somme — En Principe Un Tiers — Pour Le Front : Ce Sont Les « Responsions ». 

Les templiers pratiquent le transfert d’argent, soit en espèces, « portage » des monnaies, soit avec le contrat de change, comme le font les grandes sociétés de commerce italiennes. Cela ne fait pas pour autant d’eux des banquiers.

Les Templiers Sont Reconnus Pour Leur Courage

En Terre sainte, la protection des pèlerins a bien vite laissé place à la défense des établissements latins. Dès le retour d’Hugues de Payns en Orient, en 1130, les templiers prennent part aux combats des armées latines contre les forces musulmanes. 

Ils sont de toutes les batailles et leurs statuts détaillent leur organisation militaire et leurs méthodes de combat. 

Reconnus pour leur courage et leur discipline, malgré quelques manquements, dans les combats en rase campagne, ils sont de plus en plus investis de la défense des forteresses et des villes fortes que les princes et les seigneurs latins ne peuvent plus assurer, faute de moyens.

On connaît — car il est quasi intact — le célèbre Krak des Chevaliers en Syrie de l’ordre des Hospitaliers. 

À Roche — Guillaume en Glide, à Tortose, à Sidon, à Château-Pèlerin, comme à Safed en Haute Galilée à l’intérieur des terres, les templiers ont aussi de puissants châteaux. Deux mille hommes — chevaliers, archers, artisans — étaient nécessaires pour défendre Safed.

Les États latins, quasiment anéantis en 1187 par Saladin, lentement reconstitués sur une base territoriale réduite à la bande côtière, dans la première moitié du XIIIe siècle, limités à des enclaves côtières éparses ensuite, furent tenus à bout de bras par les ordres militaires. 

Jusqu’à La Chute Finale D’acre, En Mai 1291. 


Repliés alors à Chypre, les templiers et l’ensemble des forces latines de l’île tentent en vain, en s’alliant avec le khanat mongol de Perse, au tournant des XIII et XIVes siècles, de reprendre pied en Terre sainte. C’est dire qu’ils n’ont pas abdiqué.

En Espagne, les templiers ont été sollicités par les monarchies aragonaise, castillane et portugaise pour s’investir dans la reconquête. Ils l’ont fait, mais avec réticence, tant ils privilégiaient leur mission en Terre sainte. 

Ne soyons pas abusé par les très nombreux châteaux que les royautés leur ont donnés tels Miravet, Monzon, Ponferrada, Almourol… 

On demande aux templiers d’assurer, au-delà de la défense du territoire reconquis, son peuplement et sa colonisation. 

Les châteaux restent à l’arrière, alors qu’à la moitié du XIIIe siècle, le front est loin vers le Sud, aux frontières du royaume musulman de Grenade.



Alain Demurger



Billet Proposé Par Aron O’Raney