Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Les Templiers… La Fin, Faux Procès



Ne Faisons Pas De Faux Procès Au Temple. Il Est Riche, Oui, Mais Comme Bien D’autres Ordres. 

Menaçant pour le roi de France ? Cela fait sourire : en Occident, le Temple n’est pas une force militaire. 

Les templiers auraient déserté et abandonné le combat pour la banque ? C’est faux, ils sont sur le front, jusqu’au bout. 

Impopulaires ? Il faudrait le prouver, quand on sait que, pratiquement jusqu’à la veille de leur arrestation, l’ordre admettait des nouveaux membres. 

Les écrits satiriques du temps, la Bible Guyot, Renart le nouvel, Le Roman de Fauvel, les font certes entrer dans la ronde des critiques et grimper sur la roue de fortune, mais avec tous les autres ordres. 

Il n’y a pas, dans l’histoire de l’ordre, matière à un tel procès, même si, comme dans toute autre institution de cette envergure, religieuse ou non, il y avait de mauvais sujets : 

la jurisprudence de l’ordre donne des cas concrets de fautes et de leurs sanctions, mais on trouve une documentation semblable chez les Hospitaliers ou chez les Teutoniques. 

Ce N’est Donc Pas Du Côté Du Temple Qu’il Faut Chercher Les Causes De La Fin Du Temple, Mais Du Côté Du Roi.

Ecartons les motifs financiers, longtemps privilégiés. Même si le roi s’est servi, il n’a jamais eu l’intention d’annexer au domaine les biens templiers. 

En réalité, à un premier niveau, l’affaire du Temple a été pour le roi un moyen de pression sur le pape, dans un conflit plus général entre l’Eglise et la royauté française. 

Est-ce une occasion que le roi a su saisir, le Temple offrant des verges pour se faire battre ? 

Les Historiens S’interrogent Toujours Sur La Réalité De La Culpabilité Des Templiers, Et Donc Sur La Valeur Des Témoignages Réunis Dans Les Actes Des Procès. 

Pour obtenir ces aveux, la torture a été systématiquement employée. On n’avoue pas la « Vérité », mais la « vérité » que veulent les tortionnaires. 

Aujourd’hui, la majorité des historiens dénie toute valeur à ces aveux extorqués. 

N’oublions pas qu’en 1310, les templiers, venus défendre l’ordre devant la commission pontificale, ont rejeté les accusations et proclamé leur ordre saint. Et que, presque partout hors de France, il n’y a pas eu d’aveux. 

Il n’y a pas de fumée sans feu, dit-on. Curieusement, les tenants de cet argument bien peu scientifique oublient de poser la bonne question : qui a allumé le feu ?

Le Roi A Créé L’occasion De Les Condamner


C’est le roi de France, Philippe le Bel, qui a allumé le feu. Il n’a pas saisi une occasion : il l’a créée. Il a fabriqué ce que Julien Théry a appelé une « hérésie d’État». Pourquoi ? 

Depuis 1298-1299, un violent conflit oppose le roi au pape, culminant, en 1303, avec l’« attentat d’Anagni » où le pape Boniface VIII est un temps retenu prisonnier par une escouade supervisée par Guillaume de Nogaret, le conseiller influent du roi. 

Guillaume devait, au nom du roi, citer le pape à comparaître devant un concile universel afin de répondre des accusations d’hérésie. Rien moins. Boniface VIII mourut un mois plus tard, ayant excommunié tous les protagonistes de l'attentat.

Dès lors, Philippe le Bel poursuit l'objectif de faire lever les sanctions ecclésiastiques, qui visent Nogaret et d’obtenir la condamnation de la mémoire de Boniface VIII, ceci afin de légitimer l’action, inouïe, qu’il a conduite contre le pape.

Il ne s’agit plus, entre le roi et le pape, d’une banale affaire de juridiction. 
L’enjeu est ce que Julien Théry, adaptant une formule d’Ernest Kantorowicz, a appelé la « pontificalisation » de la monarchie française. 

Ce sont les écrits du roi et de ses conseillers, leur rhétorique en apparence ampoulée mais redoutable, qui donnent les clés de l’affaire. Le roi est le garant suprême de la foi dans son royaume, que l’on commence alors à ériger en corps mystique. 

En combattant l’hérésie, Philippe le Bel, alias l’« ange de Dieu » dixit Nogaret, défend le royaume choisi par Dieu et le Christ outragé : 
les templiers sont accusés de le renier, de cracher sur la croix, de ne pas consacrer l’hostie et d’adorer une idole dans leurs cérémonies religieuses. 

Seul un cas d’hérésie autorisait le roi à agir sans en référer au pape. L’hérésie des templiers permettait au roi d’être pape en son royaume. 

En outre, en s’en prenant au Temple, on captait les courants eschatologiques et mystiques du temps, que Nogaret et Plaisians relayaient au conseil royal : l’antéchrist annoncé devait d’abord triompher et s’installer au Temple de Jérusalem. 

La destruction du Temple précéderait le retour du Christ et scellerait la nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, et en France, la nouvelle alliance entre Dieu et son vicaire, le roi. 

En détruisant les templiers, on détruisait le Temple de Jérusalem. 

Un an avant le Temple, le roi expulsait les juifs, les maudits du temps. 

Dans les deux cas, il purifiait le royaume. Le lien entre ces deux faits n’échappera à personne.



Alain Demurger



Billet Proposé Par Aron O’Raney