Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

L’Incertitude Et l’Oubli

— CXVII —

Ce soir ou demain, tu ne seras plus. 
Il est temps que tu demandes du vin, 
Couleur de rose. 

Insensé, te compares-tu à un trésor, 
Et crois-tu que des voleurs méditent déjà d'ouvrir 
Ton sépulcre et d'emporter ton cadavre?

— CXVIII —

Sultan, ta destinée glorieuse était écrite 
Dans les constellations où flamboie le nom de Khosrou

Depuis le commencement des âges, 
Ton cheval, aux sabots d'or, bondissait parmi les astres. 

Quand tu passes, 
Un tourbillon d'étincelles te dérobe à notre vue.

— CXIX —

L'amour qui ne ravage pas n'est pas l'amour. 
Un tison répand-il la chaleur d'un brasier

Nuit et jour, 
Durant toute sa vie, 
Le véritable amant se consume de douleur et de joie.

— CXX —

Tu peux sonder la nuit qui nous entoure. 
Tu peux foncer sur cette nuit... 
Tu n'en sortiras pas. 

Adam et Ève, qu'il a dû être atroce, 
Votre premier baiser, 
Puisque vous nous avez créés désespérés!

— CXXI —

Les étoiles laissent tomber leurs pétales d'or. 
Je me demande pourquoi 
Mon jardin n'en est pas déjà tapissé. 

Comme le Ciel répand ses fleurs sur la terre, 
Je verse dans ma coupe noire du vin rose.

— CXXII —

Je bois du vin comme la racine du saule
 Bois l'onde claire du torrent.

Allah seul est Allah. 

Allah seul sait tout, dis-tu
Quand il m'a créé, 
Il savait que je croirais au vin. 

Si je m'abstenais de boire, 
La science d'Allah serait en défaut.

— CXXIII —

Le vin, seul, 
Te délivrera de tes soucis. 

Le vin, seul, 
T'empêchera d'hésiter entre les soixante-douze sectes.

Ne te détourne pas du magicien 
Qui a le pouvoir de te transporter dans la contrée de l'oubli.


Traduit par Franz Toussaint, Paris, L’Édition d’art H. Piazza.



Omar Khayyâm.



Texte Proposé par Aron O’Raney