Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Hiram, Selon La Franc-Maçonnerie


L’introduction De La Légende D’Hiram Dans La Franc-Maçonnerie Ne Semble Pas Être Liée À « L’homologation » Du Grade De Maître Dans L’édition De 1738 Des Constitutions D’Anderson. 

La première édition, celle de 1723, d'où le grade de maître est absent, donne une place importante à Hiram et à la construction du Temple dans la partie historique. 

Mais avant l'établissement du grade de maître sous sa forme actuelle, le « maître », c'est-à-dire le « chef de Loge » recevait une initiation secrète au cours de laquelle un récit dont Salomon et Hiram étaient les personnages essentiels lui était communiqué.

Presque tous les anciens manuscrits maçonniques désignés sous le nom de « Old charges » présentent Hiram le bâtisseur comme le fils du roi de Tyr. Ainsi, le manuscrit Cook, le plus ancien manuscrit connu à ce jour, qui date d'environ 1420 (1) : « Salomon employait 80.000 maçons : le fils du roi de Tyr était le Maître Maçon. »

Le meurtre d'Hiram est absent de la Bible. 

La Passion d'Hiram formulée sous sa forme actuelle est absente des Old charges. On voit vanter les mérites de Bezalel, qui a construit l'Arche d'Alliance et dont les talents sont semblables à ceux d'Hiram. 

Le manuscrit Graham (1726) (2) attribue la fondation de la Franc — Maçonnerie à Bezalel. Celui-ci mourut de sa belle mort en emportant les secrets et plus tard, Hiram réveilla la maçonnerie, sous l'inspiration du roi Salomon et à l'occasion d'une révolte des manœuvres qui demandaient à être payés comme les maîtres.

C'est pour calmer les esprits que Salomon ordonna que les maîtres se reconnaîtraient entre eux par un signe inconnu des manœuvres, et grâce auquel ils seraient payés selon leurs mérites tandis que les manœuvres croiraient toucher le même salaire. 

Ainsi, la division en degrés est elle une ruse et cette ruse serait à l'origine de la renaissance de l'Ordre après la mort de Bezalel. Mais avant l'épisode de Bezalel, le manuscrit Graham fait une brève allusion au mythe de la Tour de Babel et à la confusion des langues, depuis laquelle l'homme ne peut rien espérer obtenir sans la foi et la prière. 

Immédiatement après cette allusion, il est conté que Shem, Sam et Japhet allèrent à la tombe de Noé leur père afin d'essayer de trouver autour de lui quelque chose qui puisse les conduire au « véritable secret ». Ils se mirent d'accord pour traiter comme un secret la première chose qu'ils trouveraient, à défaut de la « chose » essentielle elle-même. Ils pensaient que, par la grâce de Dieu, ce qu'ils décideraient, eux, de choisir comme secret aurait les mêmes vertus que le secret véritable. 

Ils trouvèrent le corps de leur père « décomposé » : Effectuant une prise à un doigt, il se détache d'une jointure à une jointure, de même au poignet, de même au coude; ils relevèrent le corps mort et le soutinrent en plaçant pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue, et main dans le dos et ils s'écrièrent : « Au secours, O père » comme s'ils avaient dit « O Père du ciel secours-nous maintenant, car notre père terrestre ne le peut plus ». 

Ainsi laissèrent-ils retomber le corps mort une fois de plus et ne sachant que faire, l'un dit : « il y a cependant de la moelle dans cet os » (3) et le second dit seulement : « un os sec » et le troisième dit : « cela pue ». Ainsi furent-ils d'accord pour donner à cela un nom, ainsi que le connait la Franc-Maçonnerie jusqu'à ce jour. 

Puis ils retournèrent à leurs affaires et, par la suite, les ouvrages tinrent debout. On doit donc croire et également comprendre que la force ne procédait pas de ce qu'ils avaient trouvé, ou de la façon dont cela avait été appelé, mais de la foi et de la prière. Ainsi cela continua-t-il, la décision fut en faveur de l'Acte. (4) Ainsi, dans ce texte, il n'y a pas de meurtre. 

Par contre, on découvre la partie de la légende qui concerne la recherche et la découverte du cadavre, la décomposition, le rite de l'élévation du mort avec les cinq points de la maitrise et surtout le secret de substitution, le mot substitué. Mais tout cela est attribué à Noé.

Notons en passant que le mythe de Noé est la traduction biblique du mythe plus ancien de la civilisation détruite par un cataclysme, civilisation qui aurait été plus avancée que la nôtre. Noé est associé à l'ancienne paire de colonnes « antédiluviennes » auxquelles se réfèrent les plus anciens catéchismes maçonniques, colonnes qui ont été remplacées par les deux colonnes du Temple de Salomon au début du XVIIIe siècle. 

Noé, prévoyant le déluge, aurait gravé sur les colonnes d'airain les connaissances et les secrets afin de les communiquer aux hommes, au-delà du déluge.

La légende d'Hiram, connue bien avant qu'il ait été question de la maitrise en tant que grade, s'est constituée selon le schéma traditionnel de la « Passion » en amalgamant des éléments mythiques dispersés dans plusieurs récits.

Nous pouvons penser que l'intérêt porté au Temple de Salomon par les bâtisseurs de cathédrale aurait permis au personnage de l'architecte de prendre une telle importance que la Passion vécue par les dieux solaires, d'Osiris à Jésus Christ lui aurait été attribuée. 

En tous cas, tout semble s'être passé comme si cette hypothèse était fondée. 

Ce processus est d'ailleurs conforme à celui de la Tradition orale qui vit et évolue en opérant des amalgames.


(1) Le manuscrit Cook et quelques autres sont conservés au British Muséum.
(2) Traduit par Berger dans « Le Symbolisme » n° 392 — 393.
(3) Marrow in the Bone, l'une des origines possibles du mot de Maître. En tout cas, l'interprétation la plus riche dans une perspective hermétique des lettres MB.
(4) Ce passage est emprunté à la traduction de Berger dans « Le symbolisme » (392-393). Dans une note, Berger cite le membre de phrase qu'il a traduit par : « La décision fut en faveur de l'acte ». Le texte anglais dit : The will pass the deed. il me semble plus exact de traduire par : « La volonté prime L’acte ». To pass, en vieil anglais, est lié à l'idée de préséance (devancer, avoir le pas sur). Le contexte d'ailleurs, valorise la prière, le « vouloir » et ébauche une véritable théorie sur le « vouloir-pouvoir ».


Extrait de « La Légende D’Hiram & Les Initiations Traditionnelles »
Detrad — AVS



Daniel Beresniak



Billet proposé par Aron O’Raney