Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Guérir La Violence


Pour Gouverner Il Faut Autre Chose Que Le Pouvoir. Le Pouvoir Ce N’est Pas Suffisant Du Tout. Vous Pouvez Nous Punir, Vous Pouvez Menacer, Mais Ça Ne Marche Pas Avec Cette Menace, Cette Punition. 

Il faut savoir parler aux gens et les écouter. Et nos leaders politiques, nos dirigeants politiques n’ont pas été entraînés dans cette voie de bonne communication. 

Il faut avant tout communiquer. Il faut avoir l’art de la communication. 

Il faut savoir parler aux gens. Il faut savoir écouter les gens. Nous avons besoin d’une dimension spirituelle dans notre vie sociale quotidienne. La vie économique ce n’est pas tout, il faut du spirituel. 

Il faut pratiquer. Il faut vivre en telle sorte que nous puissions avoir cette capacité de reconnaître la souffrance, d’embrasser la souffrance pour pouvoir la transformer ; transformer la souffrance en soi et transformer la souffrance dans l’autre personne, dans les autres personnes. 

Et la politique aussi doit avoir cette dimension spirituelle. 

Je viens d’écrire une lettre au Président du Vietnam et j’ai parlé de cela : il faut une dimension spirituelle dans votre vie politique. C’est parce qu’il y a de la souffrance, de la violence, du désespoir dans le peuple. Alors il faut faire attention à tout cela. J’ai proposé des choses concrètes afin de pouvoir amener une dimension spirituelle à la vie politique et économique. 

Il faut savoir dire des choses comme : « Chers amis, nous ne pouvons pas gouverner si vous ne nous aidez pas, il faut nous aider pour que nous puissions gouverner ». Il faut dire cela et c’est une chose vraie, il faut le soutien du peuple pour pouvoir gouverner. « Chers amis, cher peuple, nous avons besoin de vous, de votre soutien, pour pouvoir gouverner. 

Vous nous avez désignés pour faire le travail, alors nous avons besoin de vous. Il faut nous dire ce qui est dans votre cœur. Il faut nous dire ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire ».

La pratique de l’écoute profonde est essentielle pour pouvoir renouer les liens, pour pouvoir restaurer la communication, l’écoute profonde et le parler aimant. 

Et si vous avez trop de violence en vous, vous ne pouvez pas faire cela, écouter avec compassion. C’est parce que la graine de colère, la graine d’irritation est trop importante en vous, alors vous ne pouvez plus écouter. 

C’est parce que le discours arrose les graines de la violence, de la haine, de la colère en vous, et vous ne pouvez plus écouter. C’est parce que le discours arrose ces graines-là. Alors il faut s’entraîner pour pouvoir écouter l’autre, en telle sorte que les graines en vous, les graines de colère, les graines de violence en vous ne soient pas arrosées même si le discours est violent. 

C’est une chose difficile, mais le Boddhisattva Avalokita a pu le faire, et beaucoup de ses disciples sont capables de le faire aussi. 

Il y a ceux et celles d’entre nous qui peuvent écouter avec compréhension, avec compassion, même si le discours est plein d’injustices, plein de colères, de jugements, de condamnations, d’accusations. 

Même si le discours est violent, on peut écouter si on a de la compassion en soi-même. Et on doit savoir comment utiliser le langage aimant afin de pouvoir communiquer ce qui est dans notre cœur. Sans ce langage aimant on ne parvient pas à communiquer, à dire ce qu’il y a dans notre cœur. 

C’est parce que sans cette manière de parler l’autre personne ne va pas pouvoir recevoir, ne va pas pouvoir écouter ce que nous voulons lui dire.

 Donc le parler aimant et l’écoute profonde, compatissante sont indispensables. 

 Il faut que nos dirigeants politiques sachent comment faire.


Extrait d’un enseignement — 
Retraite d’automne, le 13 novembre 2005, Hameau du Haut.



Thich Nhat Hanh



Billet proposé par Aron O’Raney