Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Ivresse Et Oubli…



— CXXXI —

Cette buée autour de cette rose, 
Est-ce une volute de son parfum 
Ou le fragile rempart que la brume lui a laissé

Ta chevelure sur ton visage, 
Est-ce encore de la nuit que ton regard va dissiper?

 Réveille-toi, bien-aimée
 Le Soleil dore nos coupes. Buvons!

— CXXXII —

Prends la résolution de ne plus contempler le Ciel. 
Entoure-toi de belles jeunes filles et caresse-les. 

Tu hésites
Tu as encore envie de supplier Allah

Avant toi, 
Des hommes ont prononcé de ferventes prières. 
Ils sont partis, 

Et tu ignores si Allah les a entendus.

— CXXXIII —

L'aurore! Bonheur et pureté
Un immense rubis scintille dans chaque coupe. 
Prends ces deux branches de santal. 

Transforme celle-ci en luth, 
Et embrase l'autre pour qu'elle nous parfume.

— CXXXIV —

Las d'interroger vainement les hommes et les livres, 
J’ai voulu questionner l'urne. 

J'ai posé mes lèvres sur ses lèvres, 
Et j'ai murmuré : 
« Quand je serai mort, où irai-je? », 

Elle m'a répondu : 
« Bois à ma bouche. Bois longtemps. 
Tu ne reviendras jamais ici-bas. »

— CXXXV —

Si tu es ivre, Khayyâm, 
Sois heureux. 

Si tu contemples ta bien-aimée aux joues de rose, 
Sois heureux. 

Si tu rêves que tu n'existes plus, sois heureux, 
Puisque la mort est le néant.

— CXXXVI —

Je traversais l'atelier désert d'un potier. 
Il y avait au moins deux mille urnes, 
Qui parlaient tout bas. 

Soudain, l'une d'elles cria : 
« Silence! Permettez à ce passant 

d'évoquer les potiers et les acheteurs 
Que nous étions... »

— CXXXVII —

Vous dites que le vin est le seul baume
Apportez-moi tout le vin de l'univers
Mon cœur a tant de blessures... 

Tout le vin de l'univers, 
Et que mon cœur garde ses blessures!

— CXXXVIII —

Quelle âme légère, celle du vin
Potiers, pour cette âme légère, 
Faites aux urnes des parois bien lisses

Ciseleurs de coupes, 
Arrondissez-les avec amour, 
afin que cette âme voluptueuse puisse doucement 
Se caresser à de l'azur!


Traduit par Franz Toussaint, Paris, L’Édition d’art H. Piazza.



Omar Khayyâm.



Texte Proposé par Aron O’Raney