Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Hiram, Selon La Bible


Les Légendes Maçonniques Les Plus Importantes Se Réfèrent À La Bible. Ainsi La Légende D’hiram Et Celle, Qui L’a Précédée En Maçonnerie, De La Tour De Babel. Il Est Utile Par Conséquent D’examiner Ce Que Dit La Bible Du Personnage Hiram.

Hiram est mentionné dans I Rois VII et dans II Chroniques II, à propos de la construction du Temple. Le Temple lui-même est décrit trois fois. Deux fois dans les chapitres précités et la troisième dans la vision d'Ezéchiel. 

Remarquons que seule, la description de la vision d'Ezéchiel mentionne l'orientation est-ouest et révèle ainsi la vocation solaire du culte, la porte d'entrée s'ouvrant sur le soleil levant, là où Dieu fait son entrée (1). Notons aussi que la vision d'Ezéchiel où le symbolisme du Temple est le plus apparent, ne mentionne pas l'existence d'Hiram.

Dans I Rois VII, Hiram est le fils d'une veuve de la tribu de Nephtali et d'un père tyrien, artisan en airain. Lui-même est artisan en airain. « rempli de Sagesse, d'intelligence et de science pour faire toute œuvre en airain ». Il intervient après la fabrication du gros œuvre. 

Il est envoyé par le roi Hiram de Tyr, son homonyme avec lequel, dans certains vieux rituels, il est confondu, pour intervenir dans la construction au niveau de la décoration. Il fond les deux colonnes, avec les chapiteaux et les grenades, la mer de fonte parfaitement circulaire, posée sur douze bœufs et ornée de coloquintes. Il fond également dix bassins et fabrique des chaudrons, des pelles et des aiguières, le tout en airain poli.

Est-ce le même personnage dont il est question dans II Chroniques II

Dans les Chroniques, l'orthographe du nom est différente; il s'agit de Houram (hé, vav, resch, mem au lieu de hé, iod, rech, mem). Son père est également tyrien, mais la profession de ce père n'est pas mentionnée. Par contre, sa mère, qui cette fois n'est pas mentionnée comme veuve, appartient à la tribu de Dan. 

D'autre part, ses compétences sont beaucoup plus étendues que le Hiram des « Rois ». Il porte le titre de « Abi »; mot à mot « mon père » et que l'on traduit généralement par « Maître », dans le sens où l'on entendait ce mot au Moyen Âge. Il est habile à travailler l'or, l'argent, le bois, la pierre, le pourpre et il connait en outre l'art de graver. Le roi Salomon, dans son message à Hiram roi de Tyr, demande un homme habile à travailler les métaux et le pourpre. 

Le roi de Tyr dépasse la demande de Salomon en lui envoyant Hiram Abi, qui outre les compétences que demande Salomon, est également expert en bois et en pierre.

Cela Se Passait Au Dixième Siècle Avant J. C.

David a laissé à Salomon un royaume prospère et considérablement agrandi. David a conquis la forteresse de Jérusalem et en a fait la capitale du royaume uni de Juda et d'Israël et le centre religieux du pays. Profitant de l'éclipse de l'Égypte, de l'Assyrie et du royaume hittite, il a agrandi son royaume en Syrie. Il a conquis les dernières cités cananéennes. Les habitants d'Edom et d'Ammon se sont fondus dans le peuple d'Israël. Ayant joué avec profit le rôle d'arbitre dans les querelles des petits états araméens, David a étendu l'influence d'Israël de l'Égypte à l'Euphrate. 

Seuls échappent à l'empire de David, les ports phéniciens et la fière et prospère cité de Tyr. Mais les relations sont excellentes avec le roi de Tyr, Hiram. Ce dernier est un grand constructeur; il agrandit sa cité sur la mer en comblant l’eau qui le sépare d'une ile au large. Il possède une partie de Chypre et ouvre des comptoirs jusque sur la côte espagnole. (Tartessos, la Tarsis biblique.) Il possède l'hégémonie du commerce en Méditerranée.

Salomon, grâce aux victoires remportées par son père, n'a plus à combattre sur ses frontières. Il porte ses soins à la création d'une administration unitaire qui brise le cadre des tribus et imite la méthode des grands empires. Il construit en même temps un Temple et un Palais somptueux, mais pour cela il s'endette considérablement auprès du roi de Tyr qui lui fournit du bois et de la main-d'œuvre qualifiée. 

Il devra, pour s'acquitter, amputer son territoire au profit de son créancier. Il épouse la fille de Pharaon et des filles de nombreux rois, mais l'équilibre établi par David se rompt et Salomon, dilapidant l'héritage de son père, laissera un royaume affaibli et divisé. (2)


Tel est le contexte historique de la construction du Temple.

Ce Temple, voué au Dieu unique, deviendra, du vivant de Salomon, un panthéon qui abritera à peu près tous les cultes pratiqués dans la région. Les échanges commerciaux et les conquêtes brassent les peuples et les croyances. Le dieu Tyrien, Melkart « Héraklès », le dieu Baal et tous les autres se mêlent et s'attribuent les exploits des uns et des autres. 

Cette situation est favorable à l'épanouissement du culte solaire parce que les thèmes essentiels de ce culte constituent le commun dénominateur des nombreux cultes tribaux.

Les livres des Rois ont été rédigés d'après des sources écrites assez nombreuses et il est probable que les rédacteurs aient eu accès aux annales officielles des rois de Juda et d'Israël, rédigés par des scribes. 
Par contre, les livres des Chroniques ont été rédigés beaucoup plus tard, plusieurs siècles après les événements et s'appuient par conséquent sur des traditions orales surtout. 

Par conséquent, entre les livres des Rois et les Chroniques, on constate la création d'une légende « Hiram ». À mesure que le temps passe, Hiram prend de l'importance dans l'histoire de la construction du Temple de Salomon. Ses connaissances s'étendent. Il intervient dans l'ensemble de la construction et non plus dans la finition et la décoration. La transmission orale a amplifié le personnage.

La première allusion écrite de la mort d'Hiram figure dans une légende rapportée par le Talmud : Lorsque le Temple fut terminé, le roi Salomon fit périr Hiram et tous les ouvriers afin qu'ils ne puissent entreprendre une autre construction en l'honneur d'une divinité païenne après avoir construit le Temple de l'Éternel.

Mais il est possible que la tradition orale ait confondu Hiram avec Adoniram étymologiquement : « Seigneur Hiram ». Adoniram, mentionné dans I Rois V, 14 commandait les ouvriers du roi Salomon sur le Mont Liban et fut lapidé par la foule sous le règne de Roboam, fils de Salomon. 

Cette confusion est présente dans de nombreux textes maçonniques anciens.


(1) Contrairement au Temple maçonnique où l'Orient est au fond de la pièce, face à la porte d'entrée qui s'ouvre sur l'occident.
(2) Clio, souvent injuste et capricieuse, se laisse éblouir par la munificence des heureux héritiers et oublie de glorifier le labeur ingrat des véritables fondateurs de richesses.


Extrait de « La Légende D’Hiram & Les Initiations Traditionnelles »
Detrad — AVS



Daniel Beresniak



Billet proposé par Aron O’Raney