Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Brocéliande, Forêt Des Druides…


l'Hotié de Viviane ou Tombeau des Druides

Au sud-ouest de la forêt de Paimpont, l'Hotié de Viviane ou Tombeau des Druides aurait été, selon la légende, la minuscule demeure de la fée Viviane, également appelée la Dame du Lac qui aurait vécu à l'intérieur avant d'avoir découvert Lancelot.

Plus officiellement, il s'agirait d'une chambre funéraire néolithique (2 500 av. J.-C.) d'une structure très originale. 

Des fouilles archéologiques furent entreprises par Jacques Briard du CNRS en 1982. Sous les mégalithes furent découvertes des haches de pierre vieilles de 5 000 ans. Cette petite nécropole du néolithique se trouve sur la commune de Paimpont en Ille-et-Vilaine.

Inspirés Par Les Traditions Des Anciens Celtes, Les Nouveaux Druides Bretons Continuent De Pratiquer Un Culte Ésotérique De La Nature.

Le ciel est lourd et chargé de nuages. Mais les rayons du soleil qui faseillent au gré du vent illuminent les bois alentour. La forêt bretonne de Brocéliande est splendide et fidèle à sa légende. Partout où porte le regard, le paysage semble empreint de mystère et de beauté. À une cinquantaine de mètres dans les épais taillis, un épagneul est à l’arrêt. 

En arrière, prêt à tirer, son maître attend qu'il lève la bécasse qu'il a sentie. Mais l'oiseau choisit de décoller dans le dos du chasseur et s'enfuit à tire-d'aile en zigzaguant au-dessus des arbres comme un esprit courroucé. Dépité, l'homme ne lève même pas son fusil... La bécasse est souvent surnommée « la sorcière » et nous sommes à Brocéliande... Tout est donc possible. Et quand apparaît soudain une procession de druides, la réalité bascule.

À pas lents, Tan Gwerh, Liamm en Hengoun, Myrdhin et Derwenn rejoignent solennellement l’« Hotié de Viviane », ou Tombeau des Druides, au sommet d'une petite colline boisée. Un site néolithique qui, selon la tradition, aurait servi de demeure à la Dame du Lac de la légende arthurienne. À leur cou pend le « triban », trois lignes sculptées dans le bois qui symbolisent les trois rayons de la lumière. 

Vêtus de tuniques de toile blanche, ils marchent pieds nus, Myrdhin, un des pionniers de la harpe celtique dans les années 1970, vient d'installer son instrument à proximité des pierres dressées et commence à jouer une prophétie Druide. La mélodie est à la fois douce et entêtante. Liamm en Hengoun, plus connu sous le nom de Pascal Lamour, compositeur et musicien breton surnommé l'« électro-shaman », dirige maintenant la procession au son de son biniou kozh, la cornemuse traditionnelle bretonne.

Derrière, en habit bleu, marche le barde Tan Gwerh, érudit à l'origine de nombreux spectacles et passionné par la culture et l'histoire bretonne. À ses côtés se tient Derwenn, nouvelle venue dans le druidisme.

Druides, bardes ou nouveaux initiés, ils viennent souvent ici, au milieu de la forêt de Brocéliande, pour communier avec la nature qui les entoure. 

« Nous sommes les héritiers d'une tradition millénaire, explique le druide sacerdotal Myrdhin. Notre approche est avant tout culturelle, spirituelle et ésotérique. Elle n'a rien d’occulte c’est une pensée qui abolit les frontières entre l'histoire et la légende, le sacré et le profane, les rois et les dieux, le bien et le mal. » 

Dans Des Lieux « Forts Et Telluriques ». « Historiques Et Enracinés », Ils Viennent Célébrer Les Grandes Fêtes Du Calendrier Druide : 

Samain, le 1er novembre, le passage d’une année à l’autre et la fête la plus importante du calendrier celtique. Imbolc, le 1er février, l’équivalent de notre printemps. Beltaine, le 1er mai. Et enfin Lugnasad, l’« assemblée de Lug », le 1er août. 

On Distingue Généralement Trois Ordres : les Bardes, poètes et hommes ou femmes de culture; les Vates ou Ovates, dépositaires des savoirs; et les Druides, ceux qui ont poussé le plus loin le processus initiatique.


Médecins et guérisseurs, juristes et magistrats 

C'est Jules César qui le premier, évoque l'origine bretonne du druidisme dans le livre VI de ses commentaires sur la Guerre des Gaules. Mais les archéologues et les historiens explorent d’autres pistes en Irlande, en Grande-Bretagne, dans l'Europe entière et sur le pourtour méditerranéen. 

Seule certitude : chez les anciens Celtes, les druides procédaient à tous les rites cultuels et étaient chargés de la transmission du savoir. Ils étaient peut-être aussi médecins et guérisseurs, astronomes, diplomates, juristes, juges et magistrats.

Si l'on en croit César, leur prestige était tel qu'ils étaient les seuls capables d'apaiser les tensions et les rivalités qui déchiraient les clans gaulois. Au point d'incarner la résistance à l’occupation romaine. Une position qui explique peut-être la volonté des Romains de les écarter et de les mettre à mort. 

De fait, dans la tradition celtique, le druide parle avant le roi. Si le seigneur exerce la souveraineté politique, il le fait sous l'inspiration du druide qui le conseille sur le plan spirituel. 

« Les druides n'ont jamais totalement disparu, assure Liarmm en Hengoun. Ni les Romains, ni la christianisation, ni même la modernité n'ont réussi à venir à bout de cette tradition. Et le culte des saints en Bretagne, souvent issus des anciens Dieux du panthéon celtique, est là pour le rappeler. La science actuelle ne cesse de découvrir l'immensité des connaissances des druides. Leur savoir s'est perpétué à travers les âges. » 

Si le souvenir de ces prêtres et de leurs croyances a pu se mélanger au christianisme et survivre pendant des siècles, c'est dans l'Angleterre du XVIIIe siècle que le druidisme revient véritablement à la mode. Dans le sillage des traditions maçonniques et marquées par le courant romantique, le « néo-druidisme » puise dans les résultats empiriques des premières fouilles archéologiques celtes et les descriptions historiques et souvent fantaisistes des druides de l'âge du fer.

Ni Une Religion Ni Une Philosophie

Renaissent ainsi les Gorsedd, des assemblées fraternelles de druides, de bardes et d'ovates en Angleterre, au pays de Galles, en Écosse, en Cornouailles, mais aussi en Irlande, qui connaissent leur apogée au milieu du XIXe siècle et constituent encore aujourd'hui le socle de nombreuses obédiences druidiques. 

En Bretagne, c'est le Congrès celtique international de Saint-Brieuc, en 1867, qui pose les premières pierres du retour « officiel » du druidisme. « Mais il faut attendre l'année 1900 pour qu'une véritable Gorsedd bretonne se réinstalle, raconte Myrdhin. Depuis, le druidisme ne cesse de se structurer et d'explorer la culture celtique, mais aussi les autres approches panthéistes et chamaniques du monde entier. » 

Si certains néo-druides affirment qu'une continuité historique avec les anciens a pu exister de manière formelle, d'autres pensent que la transmission actuelle est surtout d'ordre symbolique. « Nous ne faisons ni du théâtre ni de la reconstitution historique, précise Liamm en Hengoun. 

Il n'y a pas de dogme ou de système de croyances auxquels tout le monde souscrit. 

Le druidisme n'est ni une religion ni une philosophie, mais une spiritualité qui promeut l'harmonie avec la nature, souvent au travers d'une forme de culte de la nature ouvert sur le monde qui nous entoure.


Figaro Magazine — novembre 2013 —



Billet proposé par Aron O’Raney