Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Forêt Amazonienne… Grand Inventaire



La Forêt Sud-Américaine Abriterait Plus De 16 000 Espèces Différentes D’arbres; Cependant, 227 Essences Représentent À Elles Seules La Moitié Des Arbres.

Combien D'arbres Y A-T-Il Dans La Forêt Amazonienne? 

La réponse à cette question presque enfantine est désormais connue: 390 milliards de troncs. Dit autrement, il y a 55 fois plus d’arbres « adultes » dans ce territoire du nord de l’Amérique du sud, grand comme dix fois la France, que d’êtres humains sur l’ensemble de la planète. 

Ce résultat, publié dans la revue science, a nécessité la mise en commun du travail de plus d’une centaine de chercheurs du monde entier, dont six français, rassemblés dans le réseau ATDN (Amazon Tree Diversity Network).

Chacune des équipes impliquées a compté, sur le terrain, un par un les arbres de plus de 10 cm de diamètre — à 1,30 m du sol — sur des échantillons d’un hectare (100 m par 100 m). 

Ce sont 1.170 parcelles réparties sur les neuf pays couverts par ce « poumon végétal » (majoritairement le brésil, mais aussi la Bolivie, le Pérou, l’équateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyane Française, le Suriname et Guyana) qui ont été passées au peigne fin. 

Pas loin de 700.000 arbres ont ainsi été dénombrés, mesurés, cartographiés, identifiés. La puissance des outils statistiques a ensuite pris le relais pour étendre les résultats à l’ensemble des 6 millions de km2 de la forêt amazonienne.

Une Densité D'arbres Comparable Dans Les Forêts Françaises

Première constatation, pour le néophyte, cette forêt n’est finalement pas si touffue qu’on ne se l’imagine. Avec environ 500 arbres par hectare, en moyenne, sa densité est similaire à celle de nos forêts françaises. 

« L'image de jungle impénétrable que nous avons n’est pas représentative de son aspect général », explique ainsi Daniel Sabatier, Chercheur à l’institut de recherche pour le développement (IRD) et troisième auteur de l’étude. « La majeure partie des sous-bois est très praticable. 

Paradoxalement, ce sont les zones ayant été investies par l’homme dans les temps précolombiens ou des endroits situés dans des couloirs de vents violents qui sont les plus denses en végétation. Quand la forêt est détruite à un instant donné, elle a en effet tendance à repousser de façon bien plus vigoureuse dans les siècles qui suivent. »

Pour les spécialistes, les véritables enseignements sont ailleurs. « Cet inventaire nous permet d’avoir enfin une idée précise du nombre d’espèces et de leur abondance respective », insiste Jérôme Chave, coauteur et directeur de recherche au laboratoire « Évolution Et Diversité Biologique » de l’université Paul-Sabatier à Toulouse.

Trois Cinquièmes Des Espèces Représentent Seulement 0,12 % Des Arbres

Au total, près de 5.000 espèces ont été formellement identifiées. « Les modèles statistiques nous assurent que nous sommes probablement passés à côté de 11.000 autres espèces plus rares et uniquement présentes dans les zones qui ne faisaient pas partie de nos échantillons », précise Daniel Sabatier. 

Cela ferait un total de 16.000 espèces, à comparer aux 12.000 connues sur la planète entière. Le réservoir de biodiversité est bien réel, mais fragile, car les trois cinquièmes des espèces amazoniennes représentent seulement 0,12 % du nombre total d’arbres. Nombre d’entre elles sont donc en danger avant même d’avoir été découvertes…

Au Contraire, 227 espèces représentent à elles seules la moitié des arbres. les trois plus courantes, Euterpe Precatoria, Protium Altissimum Et Eschweilera Coriacea, comptent pour 4 % de la forêt totale — soit 5 milliards de troncs chacune.

« Cela va à l’encontre de l’image que nous avons parfois de cette région, note Jérôme Chave. La biodiversité est telle que l’on imagine trop rapidement que presque chaque arbre est d’une espèce différente. 

Ce n’est pas le cas. » cette « hyperdominance » est pour l’instant mal expliquée. « Nous pensons que ce sont des arbres plus résistants aux ravageurs, que ce soit des champignons, des insectes ou des maladies, mais cela reste à prouver », commente Daniel Sabatier.

La surabondance de quelques essences présente tout de même quelques avantages. « En se concentrant sur ces espèces, on devrait arriver à mieux anticiper la réaction de la forêt au changement climatique », espère Jérôme Chave. 

La forêt amazonienne a déjà perdu près du cinquième de sa superficie en moins de cinquante ans sous l’effet de la pression humaine. 

Le réchauffement pourrait avoir des conséquences bien plus catastrophiques.



Le Figaro — Tristan Vey — 18 octobre 2013



Billet proposé par Aron O’Raney