Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

En Parlant De Cette Vie…



La Vie Nous Enlève Et Nous Emporte D’un Endroit À Un Autre, La Destinée Nous Déplace D’un Endroit À Un Autre. Et Nous, Pris Entre Les Deux, Nous Entendons Des Voix Effrayantes Et Ne Voyons Que Ce Qui Se Dresse Comme Une Entrave Et Un Obstacle Sur Notre Chemin. 

La Beauté se révèle à nous, assise sur son trône de gloire, mais nous l'approchons au nom de la Concupiscence, nous lui arrachons sa couronne de pureté et souillons sa robe par nos malfaisances. 

L'Amour passe près de nous, vêtu de docilité, mais nous le fuyons, apeurés, ou bien nous nous cachons dans l'obscurité, ou encore nous le poursuivons pour commettre le mal en son nom. 

Même le plus sage d'entre nous ploie sous le poids pesant de l'Amour, mais, en vérité, il est aussi léger que la brise folâtre du Liban. 

La Liberté nous convie à sa table, où nous pouvons partager ses mets savoureux et son vin capiteux; mais quand nous nous attablons, nous mangeons avec voracité et nous nous gorgeons. 

La Nature vient vers nous avec des bras accueillants et nous invite à apprécier sa beauté; mais nous redoutons son silence et nous précipitons vers les villes encombrées, pour nous entasser là comme des moutons fuyant un loup féroce. 

La Vérité nous appelle, à travers le rire innocent d'un enfant ou le baiser d'un être aimé; mais nous lui fermons au nez les portes de l'Affection et la traitons comme une ennemie. 

Le cœur humain crie à l'aide, l'âme humaine implore la délivrance; mais nous ne prêtons pas attention à leurs cris, car nous n'entendons ni ne comprenons. 

Celui qui entend et comprend, nous le traitons de fou et le fuyons. 

Ainsi passent les nuits, nous vivons dans l'inconscience, tandis que les jours nous saluent et nous enlacent. 

Mais nous vivons dans la peur constante du jour et de la nuit.  

Nous nous accrochons à la Terre, alors que la porte d'accès au cœur du Seigneur est grande ouverte. 

Nous piétinons le pain de la Vie, alors que la faim ronge nos cœurs. 

Comme la Vie est bonne pour l'Homme

Et pourtant, comme l'Homme se tient à l'écart de la Vie!


Extrait de « La voie de l’éternelle sagesse »



Khalil Gibran (1883-1931)



Billet proposé par Aron O’Raney