Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Abstraction



Mon amour,
Avant de t'aimer je n'avais rien :

J’hésitai à travers les choses 
Et les rues :

Rien ne parlait pour moi et 
Rien n'avait de nom :

Le monde appartenait à l'attente de l'air.


Je connus alors les salons 
Couleur de cendre, 

Je connus des tunnels 
Habités par la lune, 

Et les hangars cruels 
Où l'on prenait congé, 

Et sur le sable l'insistance des questions.


Tout n'était plus que vide, 
Et que mort et silence,

Chute dans l'abandon et tout était déchu, 

Inaliénablement tout était aliéné,


Tout appartenait aux autres et 
À personne, 

Jusqu’à ce que ta beauté et 
Ta pauvreté 


Ne donnent cet automne empli 
De leurs cadeaux.



Extrait de « La Centaine d’Amour »



Pablo Neruda



Billet proposé par Aron O’Raney