Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Réflexions Sur La Mort




Comment Appréhendez-Vous Le Futur, Le Lendemain, La Mort ? 

Essayez-Vous De Découvrir La Vérité, Ou Bien Cherchez-Vous À Vous Rassurer, Avec De Réconfortantes Assertions De Continuité Ou D'annihilation ? 

Recherchez-Vous La Vérité, Ou Une Réponse Rassurante ?


— Quand vous parlez ainsi, je ne sais vraiment plus de quoi j'ai peur ; mais cette peur est pourtant toujours là et c'est un problème urgent.

Quel est votre problème ? Voulez-vous être libéré de cette peur, ou voulez-vous connaître la vérité au sujet de la mort ?

— Qu'entendez-vous par la vérité au sujet de la mort ?

La mort est un fait inévitable, quoi que vous fassiez, elle est irrévocable, définitive et vraie. 

Mais voulez-vous savoir la vérité sur ce qui est au-delà de la mort ?

— D'après tout ce que j'ai étudié et d'après les quelques matérialisations que j'ai observées au cours des séances, il est évident qu'il existe une certaine forme de continuité après la mort. 

La pensée continue d'une certaine manière, comme vous l'avez dit vous-même. 

Comme dans la retransmission musicale, les mots et les images ont besoin d'un récepteur, la pensée qui se poursuit après la mort a elle aussi besoin d'un instrument par lequel s'exprimer. 

Il se peut que cet instrument soit un médium, il se peut aussi que la pensée s'incarne sous une autre forme. 

Tout cela est relativement clair, on peut en faire l'expérience et le comprendre. 

Mais en dépit du fait que j'ai étudié cette question très sérieusement, cette peur sans fond subsiste et je crois vraiment qu'elle est liée à la mort.

La mort est inévitable. 

On peut mettre un terme à la continuité, ou au contraire l'entretenir et la faire durer. 

Ce qui a de la continuité ne peut jamais se renouveler, ne peut jamais être nouveau, et ne peut jamais comprendre l'inconnu. 

La continuité est durée et le perpétuel n'est pas l'intemporel. 

Au travers du temps, de la durée, il ne peut être d'éternité.

Il faut qu'il y ait une fin pour que le nouveau soit.

Le nouveau n'est pas dans la continuation de la pensée.

La pensée est un mouvement continu dans le temps, et ce mouvement ne peut enfermer en lui-même un état d'être qui ne soit pas lié au temps.

Le temps n'est pas seulement chronologique, mais c'est la pensée en tant que mouvement du passé qui traverse le présent et va vers le futur. 

C'est le mouvement de la mémoire, du mot, de l'image, du symbole, de l'enregistrement et de la répétition. 

La pensée, la mémoire sont incessantes par le biais du mot et de la répétition. 

La fin de la pensée permet d'accéder à ce qui est nouveau ; la mort de la pensée, c'est la vie éternelle. 

Tout doit constamment cesser pour que soit le nouveau. 

Ce qui est nouveau n'est pas continu, et le nouveau ne peut être pris dans le champ du temps. 

Le nouveau n'est que dans la mort au moment. 

La mort doit être chaque jour pour que l'inconnu soit. 

C'est la fin qui est le commencement, mais la peur empêche que cette fin soit atteinte.


Extrait du livre « La peur de la mort » 
CSV Tome 2, note 14 .



Jiddu Krishnamurti (1895-1986)



Billet proposé par Aron O’Raney