Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

En Perdition…





Ivre de longs baisers, 
Ivre des térébinthes,

Je dirige, estival,
Le voilier des roses,

Me penchant vers la mort 
De ce jour si ténu,

Cimenté dans la frénésie ferme de la mer.


Blafard et amarré 
À mon eau dévorante

Croisant dans l'aigre odeur 
Du climat découvert,

Encore revêtu de gris,
De sons amers,

Et d'un triste cimier d'écume abandonnée.


Je vais, dur, passionné, 
Sur mon unique vague,

Lunaire, brusque, 
Ardent et froid, solaire,

Et je m'endors d'un bloc 
Sur la gorge des blanches îles fortunées, 

Douces comme des hanches fraîches.


Mon habit de baisers tremble
En la nuit humide

Follement agité 
D'électriques décharges,

D'hébraïque façon
Divisé par des songes

L'ivresse de la rose en moi s'est déployée.


En remontant les eaux, 
Dans les vagues externes,

Ton corps jumeau 
Et qui se soumet dans mes bras

Comme un poisson sans fin 
S'est collé à mon âme

Rapide et lent dans cette énergie sous les cieux.



Extrait de « La Centaine d'Amour »
Il a écrit ces Cent « sonnets de bois » 
À son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.



Pablo Neruda



Billet proposé par Aron O’Raney