Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Absence


 
Nous avons encore perdu
Ce crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir
Les mains unies

Pendant que la nuit bleue descendait sur le monde. 


J'ai vu de ma fenêtre
La fête du couchant sur les coteaux lointains

Parfois, ainsi qu'une médaille
S'allumait un morceau de soleil 

Dans mes mains.

Et je me souvenais de toi
Le coeur serré

Triste de la tristesse 
À moi que tu connais.


Où étais-tu alors?

Et parmi quelles gens?

Quels mots prononçais-tu?

Pourquoi peut me venir
Tout l'amour d'un seul coup,

Lorsque je me sens triste
Et te connais lointaine?

Le livre a chu qu'on prend
Toujours au crépuscule,

Ma cape, chien blessé, 
À mes pieds a roulé.

Tu t'éloignes toujours 
Et toujours dans le soir 

Vers où la nuit se hâte effaçant les statues.


Extrait de « La Centaine d'Amour »
Il a écrit ces Cent « sonnets de bois » 
À son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.



Pablo Neruda



Billet proposé par Aron O’Raney