Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Turquie Et Franc-Maçonnerie


Mustafa Kemal « Ata­tûrk


La Turquie Moderne Est Fondée En 1923 Par Mustafa Kemal « Ata­tûrk » Sur Les Ruines De L'Empire Ottoman.

À Cette Époque, Le Pays Compte De Nom­breuses Loges Liées À Des Obédiences Étrangères, Dont Une Majorité Sous Le Con­trôle Du Grand Orient Ottoman Fondé En 1909.


Il existait aussi un Suprême Con­seil de Turquie, créé en 1909, lequel gérait les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Quoique sous l'influence du Grand Orient, le Grand Orient Ottoman, qui comprenait des membres de confessions Israélite, Chrétienne et Musulmane a maintenu l'évocation du Grand Architecte de l’Univers.

Le Grand Orient Otto­man et les franc-maçonneries étrangères se sont maintenus jusqu'en 1935 date à laquelle l'Ordre fut contraint à la dissolution.

Après Une Période De Sommeil De Quatorze An­nées, Seule Une Obédience Nationale Fut Autorisée À Se Manifester.

Soixante-cinq loges avaient été créées par le Grand Orient Ottoman entre 1909 et 1935 :

— Vingt-neuf dans les trois premières années qui avaient suivi la constitution de l'obédience,
— Onze pendant la guerre des Balkans et la Première Guerre mondiale,
— Vingt-cinq pendant la Républi­que.

La majorité créée à Istanbul puis à Izmir. À Istanbul, Cinq loges avaient adopté le Français, et à Izmir une autre aussi, une dernière officiait en Alle­mand.

Cela révèle le fort contraste qui existait entre Istanbul, une ville de commer­çants, et d'intellectuels, dotée de très importantes minorités Grecque, Arménienne et Juive ; et le reste du pays, quelque peu arriéré et mar­qué par un fort traditionalisme islamique.

Ankara, la capitale de la République turque, siège du gouvernement, ne comptait elle qu'une seule loge...

Après avoir placé la Turquie sous le ré­gime d'un parti unique, Mustafa Kemal supprima les organisations sociales et culturelles qui dataient de l'époque otto­mane pour les remplacer par des structu­res sous contrôle de l'État, les « Maisons du peuple ».

C'est dans ce contexte que les loges maçonniques disparurent et que le Grand Orient Ottoman décida, sous la contrainte, de se dissoudre et de faire don de ses biens aux « Maisons du peuple », en dépit du fait que des maçons de hauts grades se trouvaient au gouvernement et parmi les hauts fonctionnaires de l'État ; la franc-maçonnerie en réalité avait été in­terdite et spoliée de ses possessions.


Grande Loge Libérale de Turquie, Özgür Masonlar Büyük Locası
Grande Loge de Turquie, Hür ve Kabul edilmiş Masonlar Büyük Locası


Ata­türk n'était pas particulièrement opposé à la franc-maçonnerie dont il avait plutôt loué l'action sociale et politique. 

Des ma­çons continuèrent à se réunir dans la clandestinité en attendant la Renaissance de leur Ordre qui se fit en 1948, sous la forme d'une association « l'Association des maçons de Turquie », avec Cinq loges. 

L'Asso­ciation prit, en 1955, le nom de « Grande Loge des Francs-Maçons Anciens et Ac­ceptés de Turquie ». Cette renaissance in­tervient dans une Turquie plus libérale qui autorisa le pluripartisme.

En 1965, cette Grande Loge devint régu­lière, obtenant des patentes de la Grande Loge d'Écosse et elle ne sera reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre qu'en 1974. 

Toutefois, à la suite de diver­gences et dans un contexte général de forte politisation de la vie publique, le Suprême Conseil se sépara de la Grande Loge.

Il fut à l'origine de la création, en 1966, d'une nouvelle obédience « la Grande Loge Maçonnique de Turquie » qui établit des liens avec le Grand Orient et d'autres obédiences ma­çonniques non reconnues par la Grande Loge d'Angleterre.


Enfin, durant cette dernière décennie, une Grande Loge Féminine a été constituée avec le soutien de la Grande Loge Maçonnique de Tur­quie.

On retrouve donc en Turquie con­temporaine la division habituelle entre obédiences régulières et obédiences di­tes irrégulières qui se seraient éloignées de ces mêmes principes.

La franc-maçon­nerie turque reste élitiste ne recrutant que dans des milieux favorisés, mais tou­tes les confessions religieuses s'y re­trouvent.

Sa tradition supra confessionnelle n'a pas changé depuis 1909 lorsqu'elle a été défi­nie, d'une manière nette, et la prise de serment se fait toujours sur les Trois Li­vres Saints : la Torah, l'Évangile, et le Coran.

Pour rendre la communauté maçonnique tur­que conforme à la franc-maçonnerie régulière mondiale, et ne pas écarter les possibles candidats musul­mans : 

— Des articles particuliers insistant sur la nécessité de croire en Dieu « comme Être Suprême » et en l'éternité, 

— Et l'obligation de maintenir ou­verts les livres sacrés pendant le déroule­ment du travail en loge, 

Furent ajoutés à la constitution maçonnique de la Grande Loge des Francs-Maçons Anciens et Ac­ceptés de Turquie.

La franc-maçonnerie turque a pratiqué de 1948 à la division de 1966 le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Après cette date, alors que la Grande Loge Maçonnique de Turquie restait fi­dèle à ce rite, l'obédience régulière adoptait pour ses ateliers symboliques un nouveau rite approuvé par la Grande Loge d'Écosse, le Rite d'York « Nota Sco­tia », avec quelques variantes.

D'un autre côté, l'obédience régulière turque main­tenait les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté dans le nouveau Su­prême Conseil dont elle avait suscité la création après le départ du Suprême Con­seil d'origine.

Plusieurs revues ont été publiées depuis 1931 par ces obédiences (Büyük Charq, Mason Dergisi, Mimar Sinan etc…) ; elles présentent des articles de qualité éma­nant de quelques historiens maçons.

En dépit d'un antimaçonnisme virulent, issu de milieux islamiques radicaux, et de groupements politiques extrémistes et na­tionalistes, qui diffusent depuis 1987 des publications agressives, et l'intervention dans les médias, la franc-maçonnerie se porte aujourd'hui relativement bien en Turquie.

Ce pays est l'un des rares États du monde musulman où la franc-maçon­nerie est autorisée.

Concentré à Istanbul, Ankara, Izmir et Bursa, l'Ordre s'est lente­ment implanté, depuis 1985, dans d'au­tres grandes villes du pays comme Adana, sur la côte méditerranéenne, mais il ne pénètre absolument pas, en re­vanche, l'Anatolie.


Source Documentaire : Encyclopédie De La Franc-Maçonnerie,
Pochothèque, Livre De Poche. 



Thierry Zarcone



Billet proposé par Aron O’Raney