Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Spiritualité Et Religion


  


La Spiritualité Et La Religion Se Complètent, Mais Ne Se Confondent Pas.


La spiritualité existe depuis que l’être humain est apparu dans la nature, il y a plus de Deux cent mille ans.

En échange, les religions sont récentes, elles n’ont pas plus de Huit mille ans d’existence.

La religion est l’institutionnalisation de la spiritualité, comme la famille est celle de l’amour.

Il existe des relations amoureuses sans constitution de famille et de la même manière, certaines personnes cultivent une spiritualité sans s’identifier à aucune religion.

Il y a aussi des spiritualités institutionnalisées qui ne sont pas des religions comme le bouddhisme, qui est une philosophie de la vie.

En principe, les religions devraient être sources et expressions de spiritualités. Mais il n’en est pas toujours ainsi.

Trop souvent, la religion se présente comme un catalogue de règles, croyances et interdits, alors que la spiritualité est libre et créative.

Dans la religion, c’est la voix extérieure, celle de l’autorité qui a le dessus ; et dans la spiritualité, c’est la voix intérieure, l’appel divin.

La religion est une institution, la spiritualité est vie.

Au sein de la religion, il y a lutte de pouvoir, hiérarchie, excommunication et accusations d’hérésie.

Au sein de la spiritualité prédominent la disposition au service, la tolérance vis-à-vis des autres croyances ou incroyances, la sagesse de ne pas transformer le différent en opposant.

— La religion culpabilise, la spiritualité pousse à apprendre de l’échec et de l’erreur.

— La religion menace, la spiritualité stimule.

— La religion renforce la peur, la spiritualité la confiance.

— La religion offre des réponses, la spiritualité suscite des questionnements.

— Les religions sont cause de divisions et de guerres, les spiritualités, de rapprochement et de respect

Dans le cadre de la religion, on croit, dans celui de la spiritualité on vit.

La religion nourrit l’égo parce chacune se croit supérieure à l’autre ; la spiritualité transcende l’égo et valorise toutes les religions qui promeuvent la vie et le bien commun.

La religion produit de la dévotion ; la spiritualité de la méditation. La religion promet la vie éternelle et la spiritualité l’anticipe.

Au sein de la religion, Dieu est, parfois, à peine une idée ; au sein de la spiritualité, c’est une expérience ineffable.

Certains fidèles font de leur religion une fin et s’y donnent corps et âme. Il est bon de noter que toute religion, comme le dit l’étymologie du mot, est un moyen pour aimer le prochain, la nature et Dieu.

Une religion qui ne suscite pas sentiment d’amour, compassion, respect du milieu ambiant et joie n’est bonne qu’à être jeté au feu. Elle est comme une fleur en plastique, belle, mais sans vie.

Mais bien sûr, il faut prendre garde de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le défi est de réduire la distance entre religion et spiritualité et de ne pas entrer dans une religion vide de spiritualité, ni dans une spiritualité tournée vers elle-même, indifférente aux religions.

Il faut faire des religions des sources de spiritualité, des lieux d’action animée par l’amour et la justice, par la compassion et le service du frère.

Jésus est l’exemple de celui qui rompt avec la religion sclérosée de son temps, et qui vit et annonce une nouvelle spiritualité alimentée par une vie communautaire, centrée sur une attitude d’amour, d’intimité avec Dieu, de justice avec les pauvres, de pardon.

De cette spiritualité est né le christianisme.

Il y a des théologiens qui défendent que le christianisme devrait être un mouvement de ceux qui veulent suivre le Christ et non une religion hiérarchique et dont la structure de pouvoir absorbe une part considérable de son énergie spirituelle.

Le fidèle qui pratique tous les rites de sa religion, qui suit parfaitement les commandements et paye sa dime et qui, cependant est intolérant avec celui qui pense différemment ou qui ne croit pas comme lui, peut être un être profondément religieux, mais manque de spiritualité.

Il est comme une famille dépourvue d’amour.

L’apôtre Paul décrit de manière admirable ce qu’est la spiritualité dans le chapitre 13 de la première lettre aux Corinthiens.

Et Jésus en parle dans la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 25-37) et fait une critique sévère de la religion dans l’Évangile (Mt 23).

La spiritualité devait être la porte d’entrée des religions. 

Avant d’appartenir à une église ou à une confession religieuse déterminée, il serait bien mieux que cette dernière lui procure l’expérience de Dieu,

Qui consiste en s’ouvrir au Mystère, apprendre à prier et à méditer et à pénétrer le sens des textes sacrés.


Traduction De Jean Claude Sauzet



Frei Betto.


Frei Betto de son vrai nom, Carlos Alberto Libânio Christo, de « Ordo Praedicatorum » l'Ordre des Prêcheurs, Moine dominicain brésilien, Théologien de la libération, Écrivain.



Billet proposé par Aron O’Raney