Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Incliné Sur Les Soirs






Incliné sur les soirs 
Je jette un filet triste

Sur tes yeux d'océan.

Là, brûle écartelée 
Sur le plus haut bûcher,

Ma solitude 
Aux bras battants comme un noyé.

Tes yeux absents, 
J'y fais des marques rouges

Et ils ondoient comme la mer 
Au pied d'un phare.

Ma femelle distante,
Agrippée aux ténèbres,

De ton regard surgit
La côte de l'effroi.

Incliné sur les soirs 
Je jette un filet triste

Sur la mer qui secoue
Tes grands yeux d'océan.

Les oiseaux de la nuit 
Picorent les étoiles

Qui scintillent comme mon âme 
Quand je t'aime.

Et la nuit galopant 
Sur sa sombre jument

Éparpille au hasard 
L’épi bleu sur les champs.


Extrait de « La Centaine d'Amour »
Il a écrit ces Cent « sonnets de bois » 
À son grand amour, sa dernière femme Matilde Urrutia.



Pablo Neruda



Billet proposé par Aron O’Raney