Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

À Dieu… Supplications…





Dans Les Jours Anciens, Lorsque Le Premier Frémissement De Parole Vint À Mes Lèvres, Je Gravis La Montagne Sainte Pour M'adresser À Dieu, Disant : 


« Maître, je suis Ton esclave. Ta volonté cachée est ma loi, et je T'obéirai à jamais. »

Mais Dieu ne répondit pas et disparut, telle une puissante tempête.


Mille ans plus tard, je gravis la montagne sainte et,
de nouveau, je parlai à Dieu, disant :

« Créateur, je suis Ta création.
Du limon de la Terre Tu m'a façonné, et à Toi je me dois tout entier. »

Et Dieu ne répondit pas, mais disparut,
comme un millier d'ailes agiles. 


Mille ans plus tard, je gravis la montagne sainte
et m'adressai de nouveau à Dieu, disant :

« Père, je suis Ton fils. Par pitié et amour, 
Tu m'as donné naissance et, à travers l'amour et l'adoration,
j'hériterai de Ton royaume. » 

Mais Dieu ne répondit toujours pas et disparut, comme la brume
qui voile les lointaines collines.


Mille ans plus tard, je gravis la montagne sainte
pour parler, de nouveau, à Dieu, disant :

« Mon Dieu, mon but et mon accomplissement ;
je suis Ton Hier, et Tu es Mon demain.

Je suis Ta racine dans la Terre,
et Tu es ma fleur dans le Ciel,

et ensemble nous croissons à la face du Soleil. »


Dieu Se Pencha Alors Sur Moi Pour Me Susurrer
À L'oreille Des Mots Pétris De Douceur

Et M'enlaça,
Comme La Mer Enlace Le Ruisseau Qui Coule Vers Elle.


Et Quand Je Descendis
Dans Les Vallées Et Les Plaines,

Dieu Y Était Aussi. 


 Extrait de « Le Fou » (The Madman)
— New York City, 1918 — 



Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney