Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

René Guénon, Alias Abd al-Wâhid Yahyâ

René Guénon (Blois 1886 — Le Caire 1951)


Le projet de restauration de « la Tradition y », né avec le siècle chez René Guénon, jeune Blésois d'éducation et de formation catholique, passe par la ma­çonnerie sans toutefois s'identifier ou se limiter à elle.


Il prend un premier contact en 1906 avec les maçonneries « occultisan­tes » et l'Ordre Martiniste de Papus après avoir abandonné les classes préparatoires aux grandes Écoles scientifiques ; reçu « Supérieur Inconnu ». Par Phaneg (Georges Descormiers [1867-1945], loge Her7rranuhis), il fréquente ensuite la loge Humanidad du Rite National Espagnol dont le vénérable était Teder (Charles Détré [1855-1919]), ainsi que le chapitre et temple F.N.R.I - du Rite Swedenbor­gien.

Il assiste au Congrès spiritualiste et maçonnique de 1908 revêtu du cordon de Kadosh et devient 30-90° dans le Rite de Memphis-Misraïm dont un souverain Grand Conseil a été créé en France par une patente signée de Theodor Reuss (1855-1923), Humarridad servant de loge mère.

Guénon se fâche très vite avec Pa­pus et ses amis pour avoir tenté de recru­ter dans une autre loge martiniste les membres d'un Ordre du Temple rénové créé par ses soins.

Une polémique s'en­suit à laquelle participent les revues Hi­rarn et L'Acacia : elle attire l'attention d'Oswald Wirth , le rénovateur du sym­bolisme maçonnique.

Déjà intéressé par les articles de ce débutant dans La Gnose sur « Les hauts grades maçonniques », Wirth tente sans succès de « récupérer » les transfuges Papusiens dans sa loge en 1911.

Finalement, seul Guénon intègre Thébah 347, un atelier de la Grande Loge de France, au début de 1912, puis il donne l'année suivante un article dans Le Symbolisme.

Il semble, néanmoins, avoir déserté assez vite, même s'il accorde une place très importante à la maçonnerie dans son œuvre écrite.

Ses premiers livres sont publiés en 1921.

La Crise du monde moderne (1927) dresse un bilan catastrophique pour l'Occident par l'affirmation que seules l'Église catholique dans le domaine exotérique religieux et la franc-maçonnerie dans celui de l'ésotérisme demeurent « tradi­tionnelles ».

La continuité de la trans­mission initiatique garantit à celle-ci sa « régularité », laquelle va de pair avec une « orthodoxie » de son enseignement fondé sur les symboles de la construc­tion, un des aspects fondamentaux de la « science sacrée ».

Il publie ainsi une série d'articles dans Le Voile d'Isis, une re­vue occultiste connue sous le nom d'Études traditionnelles à partir de 1936, et dans la revue catholique Regnabit sur ce symbolisme et l'usage qu'en avaient fait les corporations médiévales.

L’Ésotérisme de Dante (1925) lui accorde une place particulièrement importante dans son argumentation ainsi qu'aux thèmes chevaleresques.

L'ensemble des articles de Guénon a été réuni dans une publication posthume intitulée Études sur la Franc-Maçonnerie et le compagnonnage (1964, 2 t,) qui est augmentée des comp­tes rendus d'ouvrages et de revues maçonniques tant Français qu'Anglais ou Américains.

Il s'est intéressé tout particu­lièrement à la question des Anciens.

Les lecteurs de Guénon qui le considèrent comme un guide spirituel ont éprouvé le souci de donner à son oeuvre un aboutis­sement dans leur vie en se tournant soit vers l'ésotérisme islamique, soit vers la maçonnerie comme prolongement d'une pratique religieuse juive ou chrétienne — 

Encouragés par le maître qui entretenait depuis Le Caire [1930 à 1951] une abondante correspondance avec des maçons français et anglais [utilisant les for­mules conventionnelles entre « frères »] poilant sur des sujets parfois très techni­ques tels que les mots sacrés ou l'usage des invocations.

La convergence de ces liens aboutit à la création, en 1946, de la loge, Guénonienne « La Grande Tnade », dépendant de la Grande Loge de France.

Cet atelier est suivi, après que des dissen­sions eurent gêné son développement, par d'autres tentatives comme Les Trois Anneaux [qui réunissent les religions du Livre], au sein d'obédiences reconnues ou « sauvages » qui n'ont pas cessé de­puis sa mort, y compris dans la maçonne­rie féminine.

Une influence diffuse s'est également répandue dans un grand nom­bre d'ateliers où l'on fait référence à ce maître de la « Tradition », même si l'inter­prétation en est aléatoire.

Le successeur de Wirth à la tête du Sym­bolisme, Marius Lepage, est l'un des cor­respondants les plus importants de Guénon et il contribue largement à la diffusion des idées de ce dernier en rai­son du crédit dont jouit la revue, des orientations de celle-ci et de son rôle dans les tentatives de rapprochement en­tre l'Église catholique et la maçonnerie.


Source du document : Encyclopédie de la franc-maçonnerie,
Pochothèque, le livre de poche. Auteur J.-P L |



J. — P L.



Billet proposé par Aron O’Raney