Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Solitude Du Désert, Primauté Du Silence, Et Connaissance De Soi . . .






L'homme Qui Se Rend Au Désert Pour La Première Fois, Pénètre Au Coeur D’un Silence Et D’une Solitude, Dont Il Ignore La Profondeur.


Son aspiration résulte d’un appel intérieur qui veut s’exprimer, mais c’est aussi une interpellation irrépressible longtemps contenue, et refoulée, pour des raisons, tenant aux exigences matérielles de cette vie, ou, à cause du manque de courage et de volonté.

C’est aussi la manifestation d’une attirance inexplicable, pour un idéal d’absolu, qui semble être profondément enraciné au tréfonds de cet homme, sans qu’il sache quand et comment, ce sentiment intense a pris naissance en lui. 

Le désert qu’imagine ce chercheur de Lumière, se présente à ses yeux comme un vaste miroir, sans espace ni limite, dans lequel il pense pouvoir se livrer corps et âme, en toute impunité, libéré de toute peur, honte ou pudeur, sans appréhender ni craindre, le renvoi d’une image dégradée.

Pour ce voyageur du désert, ni route, ni sentier, aucune échappatoire, le ciel et la terre se marient dans un espace sans nom, et l’horizon éclatant de pureté se confond dans cet ensemble, ou l’espace et le temps, deviennent des mots qui n’ont aucune signification.

Dans l’aridité impitoyable du désert, l’homme seul, se trouve maintenant confronté à lui-même.

La seule voie qui s’ouvre devant ce chercheur, noyé dans la solitude et le silence, c’est la "pénétrante de l’intérieur", celle qui conduit à la connaissance de Soi, c’est le vrai et seul combat de sa vie auquel il ne peut échapper.

Il est ici, maintenant, son choix est de vivre, en affrontant ses démons intérieurs, ses doutes, contradictions, dérobades, et fuites en avant de toutes sortes ; si le courage et la volonté lui font défaut, la nature sans concession, accomplira elle son oeuvre, en le conduisant lentement et surement, vers une mort inexorable.

Mais le chercheur de vérité est venu ici librement, dans cet océan de sable et de pierres, après avoir vaincu ses réticences, et tué sa peur, il est maintenant mué par sa volonté affermie, et il est poussé par cet impérieux désir d’absolu, dont il ignore encore tout.

Alors cette immensité devient pour lui, un lieu de culte et de purification des sentiments, où il pense pouvoir enfin se retrouver, pour reconstruire son Être dégradé ; c’est cela qu’il demande au désert.



La solitude et le silence, qu’il a si longtemps recherchés et repoussés sans les expérimenter, deviennent à présent, la vraie et unique voie du coeur, dans laquelle il s’immerge libre, sans retenue ni crainte.

Certes, ce puissant silence est redoutable, parce qu’il rappelle à cet homme, la solitude devant la mort, que l’homme occulte et oubli souvent, alors même, qu’il naît Seul, et meurt Seul aussi. 

La confrontation à soi-même, survient toujours dans une période exceptionnelle de la vie, c’est un temps impartageable d’une extrême souffrance, que nul ne peut comprendre, car chacun assume seul cette épreuve.

Dans cette situation, le chercheur découvre alors la vraie nature de ce que l’on nomme solitude ou silence, il est maintenant dans le pré — état du « Non-Être » tout proche de la vacuité.



S’étant établi dans le silence des sentiments apaisés, des émotions vaincues, et des pensées annihilées ; il n’y a ni temps, ni cause, ni effet. 

Passé, Présent, et Futur sont abolis, car le tout se conjugue dans l’Un.

À présent, l’homme s’installe à demeure, en deçà de la vie et de la mort, car il a coupé sa racine de vie, il s’est exclu de ce monde, il a cessé le combat, il est parvenu enfin après de rudes batailles, au calme et à la paix intérieure, qui suivent la complète réalisation du Soi ou du Non-Soi.

L’entièreté du silence, n'appartient pas à la condition coutumière de ce monde, mais l’arrivée dans le désert intérieur, conduit inexorablement l’homme spirituel, vers le mystère du Soi ; là ou le Moi, peut s’exclure totalement, dans la plénitude du mystère, qui est le désert des déserts.


Ainsi se présente l’aventure de cet homme du dedans, celui qui a mené victorieusement le combat de sa vie, pour devenir un guerrier de lumière, qui peut à son tour éveiller des hommes nouveaux.



Aron O’Raney