Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Non-Violence Et Ordre International





Chaque jour, les médias rapportent des actions terroristes, des crimes et des agressions. Jamais je n’ai été dans un pays où de tragiques histoires de sang et de mort ne fassent la une des journaux ou des émissions de radiotélévision. 

Pareils incidents sont quasiment devenus une manie des journalistes et de leur public. 

Pourtant, l’écrasante majorité de la race humaine ne se comporte pas de façon destructrice ; en fait, très peu parmi les cinq milliards d’individus sur cette planète commettent des actes de violence. La plupart d’entre nous préfèrent être aussi tranquilles que possible.

Fondamentalement, nous apprécions tous la tranquillité, y compris ceux d’entre nous qui s’adonnent à la violence. 

Ainsi, quand le printemps arrive, les jours s’allongent, le soleil brille davantage, l’herbe et les arbres revivent, tout est frais. Les gens se sentent heureux. 

En automne, les feuilles tombent une à une, puis meurent toutes les belles fleurs, jusqu’à ce que nous soyons entourés d’arbres nus. Alors, nous ne nous sentons plus si joyeux. 

Pourquoi cela ? 

Parce que, quelque part au tréfonds de nous-mêmes, nous aspirons à la croissance et à ses fruits, nous n’aimons pas ce qui s’effondre, meurt ou s’anéantit. 

Toute action destructrice est contraire à notre nature fondamentale. 

Bâtir, être constructif, tel est le mode humain.

Je suis sûr que tout le monde s’accorde sur la nécessité de surmonter la violence, mais si nous voulons l’éliminer complètement, il nous faut d’abord analyser si oui ou non, elle a une quelconque valeur.

À l’aborder d’une perspective strictement pratique, on constate que, parfois, la violence paraît réellement utile. 
On peut résoudre un problème plus rapidement par la force. 

Mais dans le même temps, ce succès s’obtient souvent aux dépens des droits et du bien-être des autres. Donc, quand bien même un problème est ainsi résolu, un autre est déjà en germe.

Par ailleurs, si une cause est étayée par un raisonnement solide, il n’est nul besoin d’utiliser la violence. Seuls ceux qui n’ont d’autre motif que le désir égoïste et ne peuvent parvenir à leurs fins par la logique comptent sur la force. 

Qu’il ne s’agisse que d’un désaccord en famille ou entre amis, ceux qui ont pour eux la raison valable peuvent inlassablement défendre leur argument point par point, tandis que ceux qui manquent de motifs rationnels sont vite gagnés par la colère. 

Et la colère n’est jamais signe de force, c’est un signe de faiblesse.

En fin de compte, il importe d’examiner ses propres motivations, ainsi que celles de l’adversaire. Il existe plusieurs sortes de violence et de non-violence, difficiles à distinguer du seul point de vue extérieur. 

Si la motivation est négative, l’action produite, en son sens le plus profond, est violente, quand bien même elle puisse paraître aimable et douce. 

À l’inverse, quand la motivation est sincère et positive, même si les circonstances imposent une attitude rude, la pratique demeure essentiellement non violente. 

Quoi qu’il en soit, j’ai le sentiment que seul un souci compatissant des autres, et non pas exclusivement de soi-même est l’unique justification d’un recours à la force.

La pratique authentique de la non-violence en est encore à ses premiers tâtonnements sur notre planète, mais la poursuivre sur la base de l’amour et de la compréhension s’apparente à une quête. 

Si l’expérience réussit, elle peut frayer la voie à un monde beaucoup plus serein au siècle prochain.

Il m’est arrivé d’entendre certains Occidentaux dire qu’à long terme, les méthodes non-violentes de résistance passive à la Gandhi ne conviennent pas à tout le monde, et qu’elles iraient davantage de soi en Orient. 

Étant plus actifs, les Occidentaux tendent à des résultats immédiats, quelle que soit la situation, et ce, même au prix de leur vie. 

Je pense que cette approche n’est pas toujours la meilleure. 

Par contre, la pratique de la non-violence est toujours salutaire. Elle exige simplement de la détermination. Même si les mouvements de libération d’Europe de l’Est sont parvenus rapidement au but, la protestation non violente, par sa nature, requiert d’ordinaire de la patience.

À cet égard, je prie pour que, malgré la brutalité de la répression et les difficultés qui les attendent, les participants au mouvement en faveur de la démocratie en Chine demeurent pacifiques. Je suis sûr qu’ils le resteront. 

La majorité des jeunes Chinois qui y ont pris part sont certes tous nés et ont été élevés dans une forme particulièrement dure du communisme, mais au printemps 1989, ils ont spontanément mis en pratique la stratégie de résistance passive chère au Mahatma Gandhi. 

C’est remarquable, et c’est une nette indication qu’en dernier ressort, les êtres humains préfèrent la voie de la paix en dépit de tous les endoctrinements.


Extrait de « communauté globale et nécessité de la responsabilité universelle » — BuddhaLine —



Sa Sainteté le Dalaï-Lama (1999)



Billet proposé par Aron O’Raney