Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Bon Égoïsme






La première chose que je désire vous faire comprendre, à condition bien sûr que vous vouliez vraiment vous réveiller, est que vous ne voulez pas de ce réveil.

La première étape du réveil consiste à être suffisamment honnête pour reconnaître que l'on n'aime pas du tout cela.


On ne veut pas être heureux.

Vous en voulez la preuve ?


Alors, livrons-nous à un petit test. Cela ne prendra qu'une minute.

Vous pouvez fermer les yeux ou les garder ouverts, cela n'a pas d'importance.

Pensez à une personne que vous aimez beaucoup, qui vous est très proche, qui vous est précieuse, et dites-lui en pensée : 

« Je préférerais avoir le bonheur plutôt que de t'avoir, toi. » Que ressentez-vous ?

« Je préférerais être heureux plutôt que de t'avoir, toi. Si j'avais le choix, je choisirais le bonheur. »

Combien d'entre vous ont eu l'impression de faire preuve d'égoïsme en prononçant ces paroles ?

Un grand nombre de personnes, semble-t-il.

Comprenez-vous à quel point votre cerveau a été programmé au point de penser : « Comment puis-je être aussi égoïste ? » 


Mais regardez plutôt ceux qui sont vraiment égoïstes.


Imaginez que l'on vous dise : « Comment peux-tu être assez égoïste pour me préférer le bonheur ? »

N'avez-vous pas envie de répondre : « Excuse-moi, mais comment peux-tu être assez égoïste pour exiger que je te choisisse, toi, plutôt que le bonheur ? »


Une dame m'a raconté que lorsqu'elle était enfant un de ses cousins jésuite avait dirigé une retraite dans une église du Milwaukee.

Il commençait chaque causerie par ces mots :

« L'épreuve de l'amour est le sacrifice, et la mesure de l'amour est la générosité...

Quelle merveille ! 

Alors j'ai demandé cette dame : « Voudriez-vous que je vous aime au prix de mon bonheur ? — Oui », me répondit-elle. 

Merveilleux, n'est-ce pas ?

Elle m'aimerait au prix de son bonheur, je l'aimerais au prix de mon bonheur, 

et nous deviendrions ainsi deux personnes malheureuses !


Vive l'amour !


- Extrait de "Quand la conscience s'éveille"


Anthony De Mello



Billet proposé par Aron O’Raney