Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Écouter Et Désapprendre





Certaines personnes sont réveillées par les réalités brutales de la vie. La souffrance est si forte qu'elle les réveille.

Mais d'autres individus continuent à se cogner la tête encore et toujours contre la vie. Ils marchent en somnambules. Ils ne se réveillent jamais.

Ce qui est tragique, c'est qu'ils ne se rendent pas compte qu'il y a une autre route, une autre route bien meilleure.

En bref, si vous n'avez pas encore été suffisamment brisé par la vie, si vous n'avez pas encore assez souffert, il existe un autre moyen : écouter.

Je ne veux pas dire par là que vous devez être d'accord avec tout ce que je vous dis. Ce ne serait pas une bonne écoute. 

Croyez-moi, que vous soyez d'accord avec moi ou non n'a vraiment pas d'importance, car l'accord Ou le désaccord sont liés aux mots, aux concepts et aux théories, qui n'ont rien à voir avec la vérité. 

La vérité ne s'exprime jamais par des mots.

La vérité est une chose que l'on entrevoit soudainement, grâce à une certaine attitude. Ce qui veut dire que même en étant en désaccord avec moi, il vous est possible d'entrevoir la vérité.

Mais une attitude faite d'ouverture d'esprit et de bonne volonté est nécessaire pour entrevoir quelque chose de neuf. C'est cela qui est important, pas votre accord ou votre désaccord avec moi.

Après tout, l'essentiel de ce que je vous apporte ici consiste en théories. Aucune théorie ne s'applique adéquatement à la réalité.

Je peux donc vous parler plus utilement des obstacles à la vérité que de la vérité elle-même, je peux vous les décrire. 

Je ne puis vous décrire la vérité. Personne ne le peut.

Tout ce que je puis faire consiste à vous décrire les mensonges dans lesquels vous vivez, pour que vous puissiez vous en débarrasser, et à attaquer vos croyances et le système de croyances qui vous rendent malheureux.

Tout ce que je puis faire consiste à vous aider à désapprendre.

C'est de cela qu'il s'agit lorsqu'il est question de spiritualité : désapprendre, désapprendre presque tout ce que l'on a appris. Avoir la volonté de désapprendre, et d'écouter. 

M'écoutez-vous, comme le font la plupart des gens, afin d'avoir la confirmation de ce que vous pensez déjà ? 

Observez vos réactions tandis que je parle. Ne vous arrive-t-il pas souvent d'être surpris, ou choqué, ou scandalisé, ou irrité, ou contrarié, ou frustré ?

Mais il arrive aussi que vous vous disiez en vous-même : Formidable ! 

M'écoutez-vous afin d'avoir la confirmation de ce que vous pensez déjà ? Ou m'écoutez-vous afin de découvrir des choses nouvelles ? C'est cela qui est important.

Mais cette écoute est difficile à ceux qui dorment.

Jésus a apporté la bonne nouvelle et le peuple l'a rejeté. Pas parce que cette nouvelle était bonne, mais parce qu'elle était neuve. Nous haïssons ce qui est nouveau.

Il est important de comprendre cela, et le plus tôt sera le mieux.

Nous ne voulons pas de ce qui est nouveau, en particulier quand ce nouveau nous dérange, quand il signifie changement, et tout particulièrement quand il suppose la nécessité de nous dire : Je me suis trompé. 

J'ai rencontré un jour, en Espagne, lors d'un atelier semblable à celui-ci, un jésuite âgé de quatre-vingt-sept ans, qui avait été recteur en Inde trente ou quarante ans plus tôt. Il avait été mon professeur.

« J'aurais dû vous entendre parler soixante ans plus tôt, me dit-il. Savez-vous quelque chose ? Moi, je me suis trompé toute ma vie. »

Imaginez mon émotion en entendant ces paroles. C'était comme se trouver devant une des merveilles de la nature.

Cela, mesdames et messieurs, s’appelle la foi !

Une ouverture, une franchise totale devant la vérité, quelles que soient les conséquences, quel que soit le chemin qu’elle va nous faire prendre, quelle que soit notre ignorance au sujet de ce chemin.

Cela s’appelle la foi. Pas la croyance, la foi.

Vos croyances vous apportent la sécurité, alors que la foi signifie insécurité. Vous ne savez pas ce qu’elle vous réserve. Mais vous êtes prêt à la suivre et vous êtes ouvert, grand ouvert ! Vous êtes prêt à écouter.

Et être ouvert ne veut pas dire que vous êtes crédule ; cela ne veut pas dire que vous avalez tout ce que votre interlocuteur vous dit.

Oh non. Vous devez remettre en question, attaquer tout ce que je vous dis. Mais cette remise en question doit découler d’une ouverture d’esprit, non de l’entêtement.

Il faut tout attaquer.

Souvenez-vous de ces belles paroles de Bouddha :

« les moines et les érudits ne doivent pas accepter mes paroles parce qu’ils me respectent ; ils doivent les analyser comme un orfèvre examine l’or — en coupant, grattant, frottant, mélangeant. » 

En agissant de cette manière, vous écoutez vraiment. Vous faites un pas de plus vers le réveil. Le premier, je vous l'ai dit, consistait à être prêt à admettre que vous ne voulez pas vous réveiller, que vous ne voulez pas être heureux.

Il existe en vous un tas de résistances contre ce réveil.

Le second pas consiste à être prêt à comprendre, à écouter, à attaquer votre système de croyances.

Pas seulement vos croyances religieuses, politiques, sociales, psychologiques, mais l'ensemble de vos croyances.

Être prêt à les réévaluer toutes, comme Bouddha l'explique à l'aide de sa métaphore de l'orfèvre.

Et je suis prêt à vous offrir un grand nombre de moyens d'y parvenir.


— Extrait de « Quand la conscience s'éveille »



Anthony De Mello



Billet proposé par Aron O’Raney