Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Bachar Al-Assad Le Tortionnaire



Bachar al-Assad devant le Parlement à Damas (Sipa)



Héritier du pouvoir syrien en 2000, il incarna un bref espoir de changement, avant de faire à nouveau grincer les portes des geôles de son pays.

Depuis, Bachar al-Assad a réussi, en 17 mois de révolte, à se montrer le plus sanguinaire des dictateurs encore en place.

Avec plus de Cent morts par jours, la révolte syrienne écrit son histoire à l'encre rougie du sang de la population.

Bachar al-Assad l'éclairé, l'époux de la magnifique Asma, Bachar l'éduqué, ophtalmologiste et non-militaire de carrière, montre finalement son vrai visage.

La communauté internationale avait pourtant nourri, un temps, l'espoir de voir la Syrie regagner la table des nations honorables.

Mais le « Printemps de Damas » fut court.

Les quelques salons où la bourgeoisie damascène avait commencé à parler ouvertement lors du passage de sceptre entre Hafez al-Assad et son fils ont très vite mis la clé sous la porte.

De liberté d'expression, il n'était plus question.

Et ceux qui avaient un peu trop pris leur rêve pour une réalité furent emprisonnés.

Le scénario n'était pourtant pas écrit d'avance.

C'est d'abord le frère aîné de Bachar, Bassel, qui devait prendre le pouvoir. Mais il trouve la mort dans un accident de voiture en 1994.

Bachar est alors rappelé à ses obligations par son père.

À la mort d'Hafez al-Assad, le Parlement doit d'ailleurs amender la Constitution pour abaisser l'âge minimum requis pour se présenter à une élection présidentielle, de 40 à 34 ans. Bachar al-Assad a alors 35 ans.

Un héritage sanglant

Culte de la personnalité, emprisonnements arbitraires, application de la peine de mort, torture, enrichissement personnel de la famille au pouvoir...

Bachar reprend les ingrédients de la dictature instaurée en Syrie depuis le coup d'État d'Hafez al-Assad en 1970.


Ainsi, les statues et affiches à l'effigie de Hafez al-Assad qui ornaient naguère les places, les bâtiments officiels, les entrées des villes ont été remplacées petit à petit par celle du fiston.

Elles ont d'ailleurs été les premières cibles des insurgés lors du déclenchement de la révolte en mars 2011.

Issus de la minorité alaouite chiite dans un pays à majorité sunnite, les dictateurs père et fils ont toujours manié les minorités kurde, druze ou chrétienne avec prudence, tout en maintenant la majorité sunnite sous un joug accablant.

Héritier d'un père tyrannique qui n'hésita pas à faire raser en partie la ville de Hama lorsqu'elle osa se soulever en 1982, Bachar al-Assad a donc renoué avec la violence extrême ces derniers mois.

Un réseau de torture

Le 3 juillet, l'organisation Human Rights Watch (HRW) publie un rapport de 81 pages sur le recours systématique de la torture contre les opposants au régime de Bachar Al-Assad, intitulé « l'Archipel des tortures.

Basé sur plus de deux cents témoignages d'anciens détenus, mais aussi d'anciens membres des forces de sécurité, le document dénombre pas moins de vingt-sept centres de torture dans le pays.

Quatre agences de renseignement syriennes, les « moukhabarat » sont à la tête de ce vaste réseau.

Des prisonniers sont maintenus « dans des positions de stress douloureuses sur de longues périodes, souvent à l'aide d'équipements spécialement conçus à cet effet », explique l'ONG qui dénonce alors également « le recours à l'électricité », « les brûlures à l'acide des batteries de voitures », « les agressions et humiliations sexuelles », « l'arrachage des ongles » et « les simulacres d'exécutions »

Les ex-détenus rencontrés par HRW ont en outre évoqué des centres de détention surpeuplés, une mauvaise alimentation et le refus systématique d'aide médicale.

Plusieurs ont raconté avoir vu des personnes mourir sous la torture.

Avec près de 20.000 morts, la répression en Syrie a atteint un niveau tel que le pays est considéré en guerre civile par la plupart des observateurs.

Bachar al-Assad continue de présenter sa politique répressive comme la riposte à des attaques terroristes d'agents étrangers.

Est-il devenu fou ? Est-il coupé de la réalité par son entourage ?

S'est-il laissé entraîner dans une escalade de violence, sans plus trouver d'issue pour en sortir ? À la tête d'un pays à feu et à sang, il ne convainc plus grand monde de sa faculté à rester au pouvoir.

Les opposants oscillent entre la volonté de le voir jugé par la CPI pour les crimes commis et celle de le voir exécuté comme le fut Mouammar Kadhafi.


— 26 juillet 2012 — Nouvel Observateur — Céline Lussato —



Billet proposé par Aron O’Raney