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Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Archipel De La Tyrannie, Mugabe Le Dictateur inoxydable du Zimbabwe





Le président du Zimbabwe Robert Mugabe le 18 avril 2012 (AP/SIPA)



« J’ai encore la force d’avancer. Ne jamais reculer, toujours aller de l’avant ». 


Les 13 millions de Zimbabwéens sont prévenus.

Dans cette déclaration solennelle prononcée le jour de ses 88 ans, en février dernier, le vieux despote leur a fait savoir qu'il ne lâcherait rien.

Avec 32 ans de pouvoir au compteur, Robert Mugabe détient déjà le record de longévité des dictateurs encore en vie.

Héros de l'indépendance, il aurait pu avoir le destin d'un Nelson Mandela.

On ne retiendra finalement de lui que le tyran homophobe et paranoïaque aux diatribes anti coloniales qui a conduit son pays en enfer : effondrement de l'économie, mainmise d'un clan, corruption, assassinats d'opposants, répression brutale de l'armée, torture, élections truquées...

Botox contre le temps

S'il continue de régner, il a pourtant vu son pouvoir vaciller avec l’élection de 2008.

Vainqueur d'un scrutin contesté qui a failli plonger le pays dans la guerre civile, il est contraint, depuis, de partager le pouvoir avec son rival Morgan Tsvangirai au sein d'un gouvernement d'union nationale.

Mais il est bel et bien toujours là.

Le vieil autocrate continue d'imposer ses diktats d'autant plus facilement qu'il contrôle toujours les services de sécurité.

Résultat, la cohabitation entre son parti, la Zanu-PF, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de son opposant, est des plus pénibles.

La rédaction d'une nouvelle Constitution patine, étape indispensable avant l'élection présidentielle, prévue au plus tard pour juin 2013.

Un scrutin qui devrait compter parmi les candidats un certain dictateur à petite moustache défiant le temps et les rumeurs persistantes sur son prétendu cancer à coup de botox, injections de vitamines et teintures de cheveux.



Chasse aux Blancs

Il ne lâche décidément rien.

Selon un membre de l'opposition, Mugabe et son clan ne veulent tout simplement « pas d'une Constitution garantissant l'indépendance du parquet.

Ils ne veulent pas d'une Constitution disant que l'armée doit s'abstenir de faire de la politique.

Ils ne veulent pas de pouvoirs dévolus (aux régions) ».

Mugabe n'entend pas non plus garantir les droits des homosexuels, qu'il a toujours voués aux gémonies, et des Blancs, dont il vient de reprendre la traque au nom d'une « indigénisation » face à l'impérialisme occidental.

Le dictateur semble bien décidé à enterrer une seconde fois la politique de réconciliation avec la population blanche de son pays, qu'il avait initiée à l'indépendance, en 1980. 

En 2000, il avait saisi les terres agricoles appartenant aux fermiers blancs, faisant sombrer l'économie du Zimbabwe, autrefois grenier à blé de l'Afrique, dans l'hyperinflation et la pénurie alimentaire.

Aujourd'hui, il remet le couvert : il menace de nationaliser de force les entreprises étrangères qui ne se conformeraient pas à la loi de 2007 qui les oblige à céder 51 % de leurs actifs à des Zimbabwéens noirs.

De quoi ruiner encore un peu plus le pays.

Violence et impunité

Le tout dans un climat de violence politique qui perdure en toute impunité. 

Les manifestations sont tuées dans l'œuf, « des défenseurs des droits humains sont arrêtés et torturés », « des cadres de l'opposition arrêtés », accuse Amnesty International.

En mai, le président d'une section locale du MDC a été tué par des sympathisants du chef de l'État, durant un meeting de son parti.

Bref, si ce n'est plus tout à fait une dictature, le Zimbabwe n'est certainement pas une démocratie.


— 13juillet 2012 — Nouvel Observateur — Sarah Halifa-Legrand



Billet proposé par Aron O’Raney