Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Remède De L’altruisme






Au Tibet, nous disons que nombre de maux peuvent être guéris par le remède unique de l’amour et de la compassion. Ces qualités sont la source ultime du bonheur humain, et nous en ressentons le besoin au plus profond de notre être. 

Malheureusement, l’amour et la compassion ont été trop longtemps exclus de secteurs trop nombreux des relations sociales. 

D’ordinaire confinée à la famille et au foyer, leur pratique dans la vie publique est tenue pour impraticable, sinon naïve. 

C’est tragique. Pour moi, la pratique de la compassion n’est pas du tout le symptôme d’un idéalisme irréaliste, c’est la manière la plus efficace de veiller aux meilleurs intérêts des autres et de soi-même. 

Plus nous dépendons des autres – que ce soit en tant que nation, groupe ou individu, plus nous avons intérêt à assurer leur bien-être.

Pratiquer l’altruisme est la source véritable du compromis et de la coopération ; admettre simplement notre besoin d’harmonie ne suffit pas. 

Un esprit axé sur la compassion est comme un réservoir débordant, une source constante d’énergie, de détermination et de bienveillance. 

C’est comme une semence ; cultivé, cet esprit donne naissance à nombre d’autres bonnes qualités, telles l’indulgence, la tolérance, la force intérieure et la confiance qui permet de surmonter la peur et l’insécurité. 

L’esprit de compassion est comme un élixir capable de métamorphoser des situations mauvaises en bénéfiques.

Voilà pourquoi l’on ne devrait pas limiter l’amour et la compassion à la famille et aux amis. 

La compassion n’est pas non plus l’apanage exclusif du clergé, ou de l’assistance sociale et médicale. 

C’est l’affaire de tout un chacun dans la communauté humaine.

Qu’un conflit soit politique, religieux ou d’affaires, l’approche altruiste est souvent le seul moyen de le résoudre. 

Parfois, les concepts mêmes que nous utilisons pour une médiation dans une dispute sont eux-mêmes la cause du problème. 

Dans ces conditions, quand une solution semble impossible, les deux parties devraient se souvenir de la nature humaine fondamentale qui les unit. 

Cela permettra de sortir de l’impasse et, à terme, chacun peut plus aisément atteindre à son but. Même si ni l’un ni l’autre n’est pleinement satisfait, si chacun fait des concessions, en dernier ressort, le danger de conflit ultérieur est évité. 

Nous savons tous que cette manière de faire est le moyen le plus efficace de résoudre les problèmes, alors pourquoi ne pas l’utiliser plus souvent ?

Quand je réfléchis au manque de coopération dans la société humaine, je ne puis qu’en conclure qu’il découle de l’ignorance de notre nature interdépendante. 

Souvent je suis frappé par l’exemple d’insectes comme les abeilles. La loi de la nature leur dicte d’œuvrer ensemble pour survivre. En conséquence, elles possèdent un sens instinctif de la responsabilité sociale. 

Elles n’ont ni constitution, ni lois, ni police, ni religion ou éducation morale, mais de par leur nature, elles travaillent loyalement ensemble. Elles peuvent se battre à l’occasion, mais en général, toute la colonie survit grâce à la coopération. 

Par ailleurs, les êtres humains ont des constitutions, des systèmes étendus de lois et des forces de police. Nous avons la religion, une intelligence remarquable et un cœur d’une formidable capacité d’amour. 

Et en dépit de nos nombreuses qualités extraordinaires, dans la pratique, nous sommes en dessous de ces petits insectes ; d’une certaine façon, j’ai l’impression que nous sommes plus pauvres que les abeilles.


Ainsi, des millions de gens vivent ensemble dans les grandes villes de la planète, et pourtant, malgré la proximité, il y en a tant, qui sont seuls ! 

Certains n’ont même pas un seul être humain avec qui partager leurs sentiments les plus profonds et vivent dans un état de perpétuelle agitation. C’est fort triste. 

Nous ne sommes pas des animaux solitaires qui s’associent uniquement pour s’accoupler. 

Si nous l’étions, pourquoi bâtirions-nous de grandes cités ? 

Seulement voilà, tout en étant des animaux sociables voués à vivre ensemble, il nous manque malheureusement ce sens de responsabilité envers nos compagnons humains. 

À qui la faute – à notre architecture sociale, aux structures familiales et communautaires qui fondent nos sociétés ? 

À nos facilités extérieures – les machines, la science et la technologie ? 

Je ne le crois pas.

Je pense qu’en dépit des rapides progrès de la civilisation durant ce siècle, la cause la plus immédiate de notre dilemme actuel est l’accent excessif porté sur le seul développement matériel. 

Nous sommes tellement obnubilés sans le savoir par cette course que nous avons négligé de répondre aux besoins humains les plus élémentaires d’amour, de bonté, de coopération et de sollicitude. 

Quand nous ne connaissons pas quelqu’un ou que nous trouvons une raison quelconque de ne pas nous sentir lié à un individu ou à un groupe particulier, tout simplement nous les ignorons. 

Pourtant, le développement de la société humaine se base entièrement sur l’entraide. 

Une fois que nous avons perdu l’humanité essentielle qui nous fonde, à quoi bon rechercher uniquement le progrès matériel ?

Pour moi, c’est clair : un authentique sens de responsabilité ne peut résulter que d’un développement de la compassion. 

Seul un sentiment spontané d’empathie avec les autres peut réellement nous motiver à agir dans leur intérêt. J’ai déjà expliqué ailleurs comment cultiver la compassion. 

Juste pour mémoire dans ce bref exposé, j’aimerais examiner comment notre situation globale actuelle peut être améliorée en prenant davantage appui sur la responsabilité universelle.


Extrait de « communauté globale et nécessité de la responsabilité universelle » — BuddhaLine —



Sa Sainteté le Dalaï-Lama (1999)



Billet proposé par Aron O’Raney