Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Le Dormeur Du Val








C'est un trou de verdure 
Où chante une rivière

Accrochant follement
Aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, 
De la montagne fière,

Luit : 
C'est un petit val qui mousse de rayons.


Un soldat jeune, 
bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant 
Dans le frais cresson bleu,

Dort ; 
Il est étendu dans l'herbe, 

Sous la nue,
Pâle dans son lit vert 

Où la lumière pleut.


Les pieds dans les glaïeuls, 
Il dort. 

Souriant comme
Sourirait un enfant malade,

il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement :
Il a froid.


Les parfums 
ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, 
La main sur sa poitrine

Tranquille. 


Il a deux trous rouges au côté droit.


Octobre 1870



Arthur RIMBAUD



Billet proposé par Aron O’Raney