Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

La Maison De La Chance







Mon cœur las m'a dit au revoir et s'en est allé
Pour la Maison de la Chance.

Comme il atteignait cette cité sainte
que l'âme a bénie et adorée,

il commença de s'interroger,
car il ne put trouver

Ce qu'il avait toujours imaginé y découvrir.

La ville était dépourvue de pouvoir,
D'argent et d'autorité. 

Et mon cœur s'adressa en ces termes
à la fille de l'Amour :

« Ô Amour, où puis-je trouver la Félicité ?

J'ai entendu dire
Qu'elle était venue ici te rejoindre. » 

Et la fille de l'Amour répondit :

« La Félicité est déjà partie
prêcher sa bonne parole dans la ville,

où l'avidité et la corruption
Règnent en souverains ; 

nous n'avons pas besoin d'elle. » 

La Chance ne sollicite pas la Félicité,
car c'est un espoir terrestre,

et ses désirs sont assouvis
dans l'union avec les objets,

Tandis que la Félicité n'est pas sincère. 

L'âme éternelle n'est jamais rassasiée ;
elle recherche toujours l'exaltation.

Puis mon cœur regarda la Vie de la Beauté et dit :

« Tu es toute connaissance ;
éclaire-moi sur le mystère de la Femme. »

Et elle lui répondit :

« Ô cœur humain, la femme est ton propre reflet,
Et elle est tout ce que tu es ;

où que tu vives, elle vit ;

elle est pareille à la religion
quand l'ignorant ne l'interprète pas,

semblable à la lune, 
Si elle n'est pas voilée par les nuages,

et pareille à la brise,
Si elle n'est pas empoisonnée par les impuretés. » 

Et mon cœur avança vers la Connaissance, 
fille de l'Amour et de la Beauté, et implora :

« Accorde-moi la sagesse,
Que je puisse la partager avec le peuple. »

Et elle lui répondit :

« Ne parle pas de sagesse,
mais plutôt de chance,

car la chance réelle 
Ne provient pas de l'extérieur,

mais elle commence
Dans le Saint des Saints de la vie.


Ce qui en toi est commun à autrui. »


Rires Et Larmes — Extrait —



Khalil Gibran 



Billet proposé par Aron O’Raney