Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Crépuscule







À Mademoiselle Marie Laurencin.


Frôlée par les ombres des morts
Sur l'herbe où le jour s'exténue

L'arlequine s'est mise nue
Et dans l'étang mire son corps


Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l'on va faire

Le ciel sans teinte est constellé
D'astres pâles comme du lait


Sur les tréteaux l'arlequin blême
Salue d'abord les spectateurs

Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs


Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu

Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales


L'aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons

Le nain regarde d'un air triste
Grandir l'arlequin trismégiste



Guillaume Apollinaire (1880 — 1918)



Billet proposé par Aron O’Raney