Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

« Aum », Le Son Sacré...


  


Le mot Aum ou Om, vient du sanscrit on le retrouve dans plusieurs traditions spirituelles du Moyen-Orient, telles  l'hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le sikhisme, et le brahmanisme.

Aum est la syllabe racine dont la vibration vitale est à l’origine de l’univers, c'est le son primordial, l'embryon d'où le verbe est né.

La vie étant engendrée par Aum, Passé, Présent, et Futur se trouvent fusionnés dans ce son unique. La manifestation la plus naturelle du son est précisément la syllabe Aum qui renferme tous les sons. 

Prononcé correctement, Aum représente tout le phénomène de la production du Son, ce que ne peut faire un autre mot. Il est donc le symbole naturel de tous les sons diversifiés. Il condense toute la série possible de tous les mots que l'on peut imaginer. 

La meilleure expression du son, la meilleure expression du souffle. Aum est la meilleure manifestation du divin. Traversant tous les mots, tous les Êtres il se déploie dans un mouvement créateur perpétuel, universel, illimité. 

Il est la traduction la plus subtile de l'Univers manifesté.

Lorsque nous exprimons un son, nous faisons jouer le souffle et la langue en utilisant le larynx et le palais comme plaque de résonance.

Aum est composé de trois lettres : 

— « A » est Brahmâ le Dieu créateur, la naissance, le commencement, l'origine de la création. « A » est le son fondamental, la clé, qui se prononce sans contact avec aucune partie de la langue et du palais. C'est le son le moins différencié de tous, celui qui fait dire à Krishna dans la Bhagavad-Gita : « Parmi les lettres je suis le A et le Binaire des mots composés ; c'est moi qui suis le temps infini ; je suis le Dieu dont la face est tournée de tous côtés » ; le son de la lettre A, part du fonds de la cavité buccale, Il est guttural.

— « U » est Vishnu le Dieu, le monde intermédiaire ; la Vie, la continuation, mais aussi le rêve de Vishnu préparant le cycle de vie à venir. « U » (prononcé ou) se souffle depuis la base même de la plaque de résonance de la bouche jusqu'à son extrémité. Il représente exactement le mouvement en avant de la force, qui débute à la racine de la langue et vient finir sur les lèvres.

— « M » est Çiva le Dieu destructeur, l'achèvement, la mort ; le monde céleste. « M » correspond au dernier son de la série labiale, car on le produit avec les lèvres closes.



Placé en tête et au terme de toute récitation liturgique, Aum est le premier mantra, l'un des plus puissants et le plus célèbre de la tradition indienne. 

Symbole le plus fort de la divinité, qu'il exprime à l'extérieur et réalise à l'intérieur de l'âme, il résume en lui-même le souffle créateur ; la tradition védique veut en effet que l'univers se soit développé à partir de l'énergie cosmique mise en branle lorsque le Démiurge prononça cette première formule appelant à l'éveil de toute chose :

Aum Bhur Bhuvah Svah 
(Aum Terre ! Atmosphère ! Ciel !) 

Étant le son primordial, le verbe de l'univers, son énoncé contient une charge énergétique considérable et extraordinairement efficace en vue de la transformation spirituelle. 

Dans la pensée hindoue, le son qui est à la fois Dieu, l'origine de toutes choses et tout être. Confère au mantra sa valeur quasi magique. 

Le mot exprimant l'Être dans un son est à la fois cet Être même et l'Être d'ou tout dérive et en quoi tout se résorbe. 

Exprimer le son de Dieu, c'est se diviniser.

Aum est selon Vivekânanda, et la tradition du vedanta, la manifestation par excellence de la divinité. 


Aum La Syllabe-Racine représente la totalité de l'existence, et la « Trimurti » la trinité hindoue. La Trimurti est la forme du « triple », l’Unité Suprême en action. 

Les trois aspects de l’Être Suprême sont interdépendants et convergents dans leurs actions, nul ne peut agir seul. Ils sont intimement engagés dans le processus de la vie : 

Tout ce qui existe dans l’univers est créé, préservé, et détruit, s’inscrivant en Relation à Un « Temps » et Un « Espace ». Il représente les quatre états de conscience, le temps « Passé, Présent, Futur » et « ce » qui le transcende.

La signification totalisante du mot Aum se trouve renforcée par le fait que les trois lettres qui le composent contiennent le rythme ternaire, si important dans la pensée, l'organisation du monde et la cosmogonie indiennes. 

Quelques exemples : 

Triple est la divinité suprême, sous les apparences de Brahma, Vishnu, Çiva ; triples sont les qualités cosmiques, matérialité, énergie, essentialité ; 

il y a Trois mondes, la Terre, l'Espace, le Ciel ; et l'humanité est divisée en Trois castes, clergé, noblesse, tiers état, 

à l'égal de la personne humaine, faite du corps, de la pensée et de L'âme ; ce qui rejoint l'énoncé du moyen âge chrétien « Spiritus, Anima, Corpus ». 

À ces doctrines métaphysiques, les hindous cherchent des correspondances physiologiques qui entraînent une véritable théologie du Son. 

La technique de prononciation du mot sacré Aum, selon Vivekânanda, en éclaire le symbolisme.

On en a rapproché le mot hébraïque Amen, adopté par la liturgie chrétienne, mot qui termine les prières et dont la musique se compose généralement d'une suite puissante d'arsis et de thésis, d'élans et de repos, s'achevant dans un souffle.

Ce mot, ces chants obéiraient pour certains psychologues, à la même pulsion archétype que Aum et symboliseraient aussi, dans le vœu final de la prière, le souffle créateur appelé pour exaucer la prière.


Base Documentaire : Dictionnaire des symboles — Jean Chevalier — Alain Gheerbrant — 



Aron O’Raney