Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

Tu Ne Ressembles À Personne






Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime.

Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes. 

Qui inscrit ton nom avec des lettres
De fumée parmi les étoiles du Sud ?

Ah laisse-moi me souvenir comment
Tu étais alors, 

quand tu n'existais pas encore. [...] 

Maintenant, maintenant aussi, petite,
tu m'apportes du chèvrefeuille, 

Et jusqu'à tes seins en sont parfumés.

Pendant que le vent triste 
galope en tuant des papillons 

Moi je t'aime, 
et ma joie mord ta bouche de prune. 

Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi, 
À mon âme esseulée et sauvage, 

à mon nom que tous chassent. 

Tant de fois nous avons vu s'embraser 
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux 

et sur nos têtes se détordre
Les crépuscules en éventails tournants. 

Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.

Depuis longtemps j'ai aimé ton corps 
De nacre ensoleillée. 

Je te crois même reine de l'univers. 

Je t'apporterai des fleurs joyeuses 
des montagnes, des copihues, 

des noisettes foncées, et des paniers 
Sylvestres de baisers. 

Je veux faire avec toi 
ce que le printemps fait avec 

Les cerisiers.


L'amour En Rime — Extrait —


Pablo Neruda



Billet proposé par Aron O’Raney