Ici-bas

Comme Le Torrent Se précipite Vers La Mer, Comme Le Soleil Et La Lune Glissent Par Delà Les Montagnes Du Couchant, Comme les Jours Et Les Nuits Les Heures Et Les Instants S'enfuient, La Vie Humaine S'écoule Inexorablement. Padmasambhava (VIIIe Siècle)

S'Abstenir De Voler







Nous Arrivons À La Règle D'abstention De Vol.



Elle résulte implicitement de la Vérité. L'Amour peut dériver de la Vérité ou être accouplé à la Vérité. Vérité et Amour sont une seule et même chose. 

J'ai cependant un certain faible pour la Vérité.

En dernière analyse, il ne peut y avoir qu'une seule réalité. La Vérité la plus haute n'a pas besoin d'être étayée. 

La Vérité est le but, l'Amour un moyen pour y parvenir. 

Nous savons ce qu'est l'Amour ou non-violence, bien que nous ayons de la difficulté à en observer la loi. Mais quant à la Vérité, nous n'en connaissons qu'une fraction. 

Il est difficile à l'homme d'atteindre à la parfaite connaissance de la Vérité, comme il lui est difficile d'atteindre à la pratique parfaite de la non-violence.

Il est impossible à une même personne de voler et de prétendre en même temps connaître la Vérité ou chérir l'Amour. 

Et pourtant chacun de nous, consciemment ou non, est plus ou moins coupable de vol. 

On peut voler non seulement ce qui appartient à autrui, mais aussi ce qui nous appartient à nous-mêmes ; c'est le cas par exemple du père qui mange quelque chose en cachette de ses enfants. 

Les provisions des cuisiniers de l'Ashram appartiennent en commun à nous tous, mais celui qui en dérobe secrètement un seul morceau de sucre fait de soi un voleur. 

C'est un vol de prendre quoi que ce soit à autrui sans sa permission, même s'il le sait. C'est également un vol de prendre quelque chose que l'on croit n'appartenir à personne. 

Ce que l'on trouve sur la route appartient au souverain ou aux autorités locales. Tout objet trouvé aux environs de l'Ashram doit être remis au secrétaire, qui le transmettra à la police, si l'objet n'appartient pas à l'Ashram. 

Jusque-là, c'est assez facile, mais la règle de l'abstention de vol va beaucoup nuls loin. 

C'est un vol de prendre quelque chose appartenant à autrui, même avec la permission du propriétaire, lorsqu'on n'en a pas vraiment besoin. 

On ne doit pas recevoir un seul objet dont on n'ait pas besoin. Ce genre de vol porte surtout sur les aliments. Si je mange un fruit dont je n'ai pas besoin. Ou si j'en prends plus qu'il ne m'est nécessaire, Je commets un vol. 

On ne connaît pas toujours ses besoins réels, et la plupart d'entre nous multiplient leurs besoins sans justification ; ainsi nous faisons inconsciemment de nous des voleurs.

Si nous nous donnons la peine d'y réfléchir, nous verrons que nous pouvons éliminer quantité de nos besoins actuels. 

Celui qui observe la règle de l'abstention de vol réduira progressivement les siens. 

Une grande partie de la misère affligeante qu'on voit dans le monde résulte d'infractions à ce principe de l'abstention de vol. 

Le vol, tel que nous venons de l'envisager, peut être appelé vol matériel ou extérieur. 

Il en est encore une espèce, plus subtile et beaucoup plus avilissante pour l'esprit humain. 

Désirer mentalement quelque chose appartenant à autrui, ou regarder cette chose avec convoitise est aussi un vol.

On considère généralement que celui qui ne prend pas de nourriture, matériellement parlant, jeûne, mais il se rend coupable de vol, et aussi d'une rupture de son jeûne, s'il s'adonne à une contemplation mentale des plaisirs du goût lorsqu'il voit d'autres personnes prendre leur repas.

Il est coupable de la même manière si pendant son jeûne il pense continuellement aux menus variés qu'il dégustera après la fin de son jeûne.

Celui qui observe la règle de l'abstention de vol refusera de se préoccuper de ce qu'il peut acquérir à l'avenir. 

Cette inquiétude néfaste de l'avenir se trouve à l'origine de beaucoup de vols. Aujourd'hui, nous ne faisons que désirer une chose, mais demain nous commencerons à prendre des mesures, honnêtes si possible, malhonnêtes si nécessaire, pour posséder cette chose. 

On peut voler des idées tout aussi bien que des objets matériels. 

Celui qui prétend égoïstement être l'instigateur ou l'auteur d'une bonne idée qu'en réalité il n'a pas eue le premier est coupable d'un vol d'idées. 

Beaucoup de savants, dans l'histoire du monde, se sont rendus coupables de ce genre de vol, et le plagiat n'est pas du tout chose rare, même de nos jours. 

Si par exemple je vois à Andhra un nouveau modèle de rouet et que j'en fabrique un semblable à l'Ashram, en le faisant passer pour ma propre invention, je me rends coupable de mensonge et il est clair que je vole l'invention appartenant à quelqu'un d'autre. 

Celui qui adopte la règle de l'abstention de vol doit donc être humble, réfléchi, attentif, et d'habitudes simples.



— Extrait de « Lettres à l’Âshram » —


Gandhi — 



Billet proposé par Aron O’Raney